Une nuit de liesse historique à Budapest
Budapest et la Hongrie se sont réveillées tard lundi, les yeux cernés et la tête lourde, mais avec un sentiment exaltant de changement d'époque. Malgré un pouvoir qui contrôlait tous les leviers de l'État, les Hongrois ont jeté dans le Danube avec fracas seize années de plomb « illibérales » de Viktor Orbán. La fête a duré jusqu'au petit matin, transformant la capitale hongroise en théâtre de liesse collective.
Concerts de klaxon, embrassades, chants, slogans « mocskos Fidesz ! » (« Fidesz saloperie ») et « Ruszkik haza ! » (« Les Russes, foutez le camp ! ») ont résonné dans toute la ville. Des bars bondés ont vu couler beaucoup d'alcool, tandis que rires et embrassades entre inconnus se multipliaient. Les transports publics se sont arrêtés, avec des chauffeurs hilares communiant avec la foule, et des passagers sont même montés sur les toits. Une véritable explosion de joie pour marquer un moment historique.
Le virage stratégique de Péter Magyar
Humilié avec seulement 38 % des voix, soit 18 points de moins qu'en 2022, Viktor Orbán a dû admettre sa défaite. Ce revers, relayé dans le monde entier en direct, sonne comme un coup d'arrêt planétaire pour l'extrême-droite, dont il était une figure emblématique. Le parti Fidesz d'Orbán, avec 55 sièges, laissera Péter Magyar, vainqueur avec près de 54 % des voix et une participation de 80 %, gouverner avec une super-majorité de 138 sièges sur 199 au Parlement.
L'avocat de 45 ans, ancien diplomate et haut fonctionnaire issu du système Fidesz, a immédiatement exposé sa maîtrise et sa détermination lors d'une conférence de presse marathon de trois heures devant 200 journalistes hongrois et internationaux. Debout derrière un pupitre, mise impeccable et voix posée, il a posé les bases de son mandat.
Un retour vers l'Union européenne
Péter Magyar a laissé entendre qu'il laisserait passer le prêt de 90 milliards d'euros de l'UE à l'Ukraine, bloqué par Orbán. Il a également annoncé l'abandon de la servitude témoignée par le précédent gouvernement à Moscou, sans pour autant aller jusqu'à un soutien direct à Kiev. Sur le prêt, il est resté évasif dans les détails, expliquant simplement que l'accord initial d'Orbán, ensuite retourné, suffisait.
Il a semblé lier la solution définitive à un geste sur les 20 milliards d'euros de crédits UE destinés à la Hongrie, actuellement gelés en raison de législations liberticides. Un geste très possible, tant son élection réjouit Paris, Berlin et de nombreuses autres capitales européennes.
Une distanciation nette avec Moscou
« Plus question de servir de cheval de Troie à Moscou », a-t-il déclaré. « Si Poutine m'appelle, je décrocherai le téléphone. Je ne l'appellerai pas moi-même. Si nous nous parlons, je lui dirai d'arrêter la tuerie. » Finie l'alliance russe. « Oui, la Russie est un risque pour la sécurité européenne, la Hongrie a bien connu dans son histoire l'ours russe. »
Cependant, Budapest continuera d'acheter du pétrole à Moscou malgré les sanctions, tout en diversifiant ses approvisionnements ailleurs. Un virage sec plutôt qu'une rupture totale, donc.
Les réformes intérieures ambitieuses
C'est à l'intérieur du pays que le nouveau Premier ministre entend frapper fort. Il a annoncé la création d'un office anticorruption destiné à reprendre les biens publics pillés par les oligarques et la famille Orbán. Avec sa super-majorité, Magyar pourra changer les têtes au parquet, à la Cour constitutionnelle et ailleurs, pour sonner le glas des kleptocrates.
« Le pays a été volé, trahi, dévasté », a-t-il affirmé. Budapest bruisse déjà de rumeurs sur la panique des puissants déchus, qui fuiraient et/ou mettraient déjà leur argent à l'abri à l'étranger.
La situation de Péter Szijjarto
Concernant le ministre des Affaires étrangères Péter Szijjarto, donné en fuite, il est finalement toujours à Budapest, a annoncé Magyar. Mais « il a passé la journée à détruire des documents au ministère », croit-il savoir. Il a promis de le faire juger pour « trahison » au profit des Russes, mais n'imagine pas envoyer Orbán en prison de sa propre décision. « C'est la justice qui devra enquêter. »
Un été brûlant à Budapest
Le jeune futur Premier ministre a demandé au président de la République Tamás Sulyok, désigné en 2024 par les députés Fidesz, de précipiter la convocation de la session pour qu'il soit nommé et forme son gouvernement. « Il doit me demander de venir, lancer la procédure. Puis partir. Il n'est pas un président pour moi, il est une marionnette nommée pour signer tout ce qu'on lui présentait. »
Le ton est donné, et l'été s'annonce brûlant à Budapest, alors que la Hongrie entame une nouvelle ère politique sous la direction de Péter Magyar.



