Une campagne de prévention bloquée à la veille du Mondial
Alors que la Coupe du monde de football 2026 débute ce jeudi 10 juin en Amérique du Nord, un collectif de professionnels de santé publique s'inquiète du blocage d'une campagne de prévention sur l'addiction aux paris sportifs. Selon le collectif « Santé publique en danger », cette campagne, intitulée « Parier, c'est pas rien », devait être diffusée dès la mi-mai pour alerter sur les dangers des paris sportifs avant le début du Mondial. Mais elle a été bloquée par le gouvernement, tout comme deux précédentes campagnes de prévention, notamment sur les fortes chaleurs et le tabagisme.
Des parieurs excessifs particulièrement ciblés par le marketing
En France, les parieurs au jeu excessif représentent 15 % des parieurs, soit trois fois plus que la moyenne des joueurs d'argent. Ces personnes, caractérisées par une perte de contrôle, sont particulièrement vulnérables face au marketing agressif des opérateurs de paris sportifs comme Winamax ou Unibet. Selon Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de l'Autorité nationale des jeux (ANJ), les opérateurs dépenseront cette année 785 millions d'euros en publicité, un montant en hausse de 25 %, dont la moitié sur le digital. La Coupe du monde est une période à risques, avec une promotion des paris de plus en plus efficace via influenceurs, publicités et bonus.
Le collectif dénonce une mise en danger de la santé publique
Dans un communiqué, le collectif « Santé publique en danger » accuse le gouvernement de « jouer avec la santé des Français ». Il rappelle que la campagne « Parier, c'est pas rien » aurait permis d'exposer les parieurs aux messages de prévention et de les orienter vers le dispositif d'aide « Joueurs info service ». Les agents de Santé publique France et les syndicats déplorent que cette campagne ne soit pas rediffusée à l'occasion du Mondial, alors que les opérateurs de jeux déploient un arsenal publicitaire bien plus important.
Des mesures de régulation insuffisantes
Myriam Savy, responsable du plaidoyer chez Addictions France, estime qu'il faut interdire la publicité une heure avant et une heure après les matchs, tant à la télévision que sur les réseaux sociaux. Elle réclame également l'interdiction du sponsoring, qui banalise les paris sportifs en les associant à l'expérience du sport. Selon les études, huit jeunes de 15 à 17 ans sur dix sont exposés à la publicité pour les paris sportifs. Les diffuseurs M6 et beIN Sports, ainsi que l'AFJEL, ont annoncé s'abstenir de publicité pendant les « pauses fraîcheur », mais n'ont pas cessé les publicités via influenceurs, les notifications incitatives ou les gratifications financières. Or, 60 % du chiffre d'affaires des opérateurs provient des joueurs excessifs, selon l'ANJ.



