La fin d'une ère en Hongrie après seize ans de pouvoir d'Orbán
C'est un véritable séisme politique qui vient de secouer la Hongrie. Dimanche soir, après seize années consécutives au pouvoir, Viktor Orbán, figure emblématique de l'extrême droite européenne et allié de Donald Trump et Vladimir Poutine, a été battu aux élections législatives. Le conservateur proeuropéen Péter Magyar lui succède à la tête du pays, marquant un tournant historique pour cette nation d'Europe centrale.
Un soulagement palpable au sein des institutions européennes
Les résultats électoraux ont été accueillis avec un immense soulagement à Bruxelles. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s'est réjouie ouvertement, déclarant que « la Hongrie a choisi l'Europe ». Cette victoire de Péter Magyar représente en effet un changement radical dans les relations entre Budapest et Bruxelles, après des années de tensions provoquées par les positions eurosceptiques, voire europhobes, de Viktor Orbán.
L'analyse de Benjamin Biard, chercheur au CRISP
Benjamin Biard, chargé de recherche au Centre de recherche et d'information sociopolitiques et enseignant à l'Université catholique de Louvain, analyse cette défaite historique pour 20 Minutes. Selon lui, cette défaite constitue un tournant majeur pour la Hongrie, mais pas nécessairement pour l'extrême droite européenne dans son ensemble.
« Symboliquement, cela reste un coup dur, mais elle ne s'affaiblit pas », précise le chercheur. La grande différence entre Orbán et Magyar réside dans leur positionnement face à l'Union européenne. Alors qu'Orbán avait adopté une ligne clairement eurosceptique, entraînant de lourdes sanctions contre son pays, Magyar promet un retour vers les valeurs européennes fondamentales.
Un héritage démocratique fragilisé
Viktor Orbán laisse derrière lui une Hongrie profondément transformée. Grâce à la majorité des deux tiers dont il disposait au parlement, il a pu modifier la constitution hongroise en y insistant sur des éléments conservateurs, tout en affaiblissant systématiquement les contre-pouvoirs et en mettant à mal les droits humains fondamentaux.
Péter Magyar a déjà annoncé que l'une de ses premières missions serait de rétablir les éléments libéraux fondamentaux de la démocratie, conformément aux traités européens. Cette orientation devrait permettre à la Hongrie de renouer avec Bruxelles et de récupérer les fonds européens dont elle a été privée ces dernières années.
Le nationalisme européen reste vigoureux malgré cette défaite
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, la défaite d'Orbán ne signifie pas l'affaiblissement général de l'extrême droite en Europe. Benjamin Biard met en garde contre les généralisations hâtives : « Je crois que l'extrême droite, ou le nationalisme, continuent de très bien se porter ».
Le chercheur cite plusieurs exemples qui confirment cette vitalité :
- Au Portugal, le parti d'extrême droite Chega, créé seulement en 2019, s'est hissé au deuxième tour des élections présidentielles
- En Espagne et en Allemagne, des pays qu'on considérait comme immunisés contre l'extrême droite, ces mouvances politiques connaissent un essor significatif
- En Italie, le parti Fratelli d'Italia de Giorgia Meloni reste solidement au pouvoir avec une popularité importante
- En France, malgré des résultats variables aux élections municipales, le Rassemblement National maintient des scores élevés dans les sondages
Un coup dur pour les alliés internationaux d'Orbán
La défaite du leader hongrois représente également un revers pour ses soutiens internationaux, notamment JD Vance, le vice-président américain, ainsi que pour des figures européennes comme Marine Le Pen et Matteo Salvini qui avaient témoigné leur soutien. Cependant, Benjamin Biard nuance : « Ils n'ont pas eu le poids espéré en Hongrie en termes d'influence, et cela reste la perte d'un allié ou de l'influence de cet allié sur la scène européenne ».
La chute d'Orbán après seize années de pouvoir continu s'explique par plusieurs facteurs : l'usure du pouvoir, ses actions controversées, ses discours polarisants, mais aussi la perte de confiance des électeurs sur des thèmes comme la lutte contre la corruption. Cette défaite historique marque donc un tournant pour la Hongrie et ses relations avec l'Europe, mais ne sonne probablement pas le glas du nationalisme sur le continent européen.



