Polémique à la Berlinale : 80 personnalités du cinéma dénoncent le silence sur Gaza
Polémique Berlinale : 80 stars du cinéma contre le silence sur Gaza

Une lettre ouverte secoue le festival du cinéma de Berlin

La 77ᵉ cérémonie des Emmy Awards à Los Angeles, le 14 septembre 2025, a été marquée par un geste symbolique fort. L'acteur espagnol Javier Bardem est apparu sur le tapis rouge arborant un keffieh, un accessoire traditionnel palestinien. Cette action s'inscrit dans un mouvement de protestation plus large qui agite actuellement le monde du cinéma, et plus particulièrement le festival international du film de Berlin, la Berlinale.

Une mobilisation inédite de la profession

Plus de 80 figures majeures du septième art, comprenant des acteurs de renom comme Javier Bardem et Tilda Swinton, ainsi que des réalisateurs prestigieux tels que Fernando Meirelles et Mike Leigh, ont uni leurs voix dans une lettre ouverte d'une rare virulence. Ce document, transmis à l'Agence France-Presse par le collectif Film Workers for Palestine, condamne avec fermeté ce qu'ils qualifient de « silence » complice de la Berlinale face au « génocide des Palestiniens ».

Les signataires, se présentant comme « des participants passés et actuels de la Berlinale », appellent l'institution culturelle allemande, déjà secouée par des controverses similaires cette année, « à déclarer clairement son opposition au génocide, aux crimes contre l'humanité et aux crimes de guerre perpétrés par Israël contre les Palestiniens ». Ils estiment que le festival ne peut se permettre de rester neutre face à une situation qu'ils jugent catastrophique.

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L'étincelle : la déclaration de Wim Wenders

La polémique actuelle trouve son origine directe dans la conférence de presse du jury, tenue jeudi dernier lors de l'ouverture officielle du festival. Interrogé sur la position de la Berlinale concernant Israël et la bande de Gaza, le président du jury, le cinéaste allemand Wim Wenders, a défendu une vision apolitique de l'art. Il a déclaré que le cinéma devait, selon lui, « rester en dehors de la politique », dont il serait même « l'opposé ».

Cette prise de position a immédiatement provoqué une onde de choc. L'écrivaine indienne Arundhati Roy, « choquée et écœurée » par ces propos, a annulé sa participation au festival dès le lendemain. Son retrait a servi de catalyseur, poussant d'autres personnalités à réagir publiquement.

Un profond désaccord sur le rôle du cinéma

Dans leur lettre, les 80 signataires expriment leur « profond désaccord avec la déclaration » de Wim Wenders. Ils avancent un argument central : « on ne peut pas dissocier l'un de l'autre », c'est-à-dire le cinéma de la réalité politique qui l'entoure. Pour ces artistes engagés, le septième art a une responsabilité morale et ne peut feindre l'indifférence face aux injustices.

Ils affirment attendre « des institutions de [leur] secteur qu'elles refusent toute complicité avec la terrible violence qui continue d'être infligée aux Palestiniens ». Cette exigence place la Berlinale dans une position délicate, entre sa vocation artistique universelle et les pressions pour une prise de position politique claire sur un conflit international hautement sensible.

Cette affaire révèle les fractures profondes au sein de la communauté cinématographique mondiale sur la question de l'engagement. Elle pose une question fondamentale : le cinéma doit-il être un sanctuaire préservé des tumultes du monde, ou au contraire, un miroir et un acteur des grands combats de son époque ? La réponse de la direction de la Berlinale à cette lettre ouverte est très attendue et pourrait influencer le débat pour les festivals à venir.

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