Charles Quint façonne un « grand Monaco » jusqu'à Naples en 1532
Charles Quint façonne un « grand Monaco » jusqu'à Naples

Le 23 juillet 1532, l'empereur Charles Quint signe à Ratisbonne un acte qui offre à Monaco des territoires s'étendant jusqu'à Naples et la Sicile. Cette expansion sans précédent, décrite dans l'Histoire de Monaco de Thomas Fouilleron, est le fruit d'une alliance stratégique entre la seigneurie monégasque et l'empire espagnol.

Un contexte politique troublé à Monaco

Au début du XVIe siècle, Monaco, alors appelé « seigneurie », traverse une période sombre : gouverneurs assassinés, morts obscures, soupçons d'empoisonnement. Le jeune Honoré, héritier du trône et fils du seigneur Lucien Grimaldi assassiné, est encore enfant. Les affaires sont confiées à son oncle Augustin Grimaldi, prélat habile, puis à sa tante Blanche Grimaldi. Charles Quint, observant depuis l'Espagne, s'inquiète de l'arrivée d'une femme au pouvoir. Il écarte Blanche et installe Étienne Grimaldi, fidèle à sa cause, qui gouverne au nom du jeune Honoré, âgé de 10 ans.

L'acte de Ratisbonne : un cadeau impérial

Pour attacher Monaco à sa couronne, Charles Quint accorde à Honoré Ier plusieurs territoires du royaume de Naples. L'acte, signé le 23 juillet 1532, stipule : « Nous, Charles, favorisé par la clémence divine, toujours auguste empereur des Romains, roi de Germanie, […] reconnaissons et faisons connaître à tous […] que nous avons offert obligeamment et libéralement au défunt Augustin une seigneurie ou un état dans notre susdit royaume de Naples, avec un revenu annuel de cinq mille ducats ». Le document précise que les terres sont concédées à condition que Monaco reste dans l'obéissance et la dévotion perpétuelles envers l'empire.

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Les territoires offerts incluent la cité de Campagna dans la province de la principauté de Citra, avec le titre de marquisat, ainsi que les cités de Canosa et Monteverde, la terre de Terlizzi, le château et le territoire de Garignone, pour un revenu annuel de mille six cent trente ducats provenant des impôts et droits sur le sel.

Une expansion inouïe et une fidélité exigée

Honoré Ier, puis ses fils Charles II et Hercule Ier, exercent leur autorité sur ces domaines napolitains, étendant la seigneurie entre Naples et la Sicile. Charles Quint exige une fidélité absolue : « Qu'ils doivent occuper et conserver la citadelle de Monaco à nous obéissante et dévouée, ainsi qu'à nos héritiers et successeurs dans les royaumes d'Espagne et des Deux Siciles. » Le document est scellé du grand sceau du Royaume de Sicile.

Le retournement de 1641

En 1641, le petit-fils d'Honoré Ier, Honoré II, choisit de replacer Monaco sous la protection de la France. L'Espagne, furieuse de cette infidélité, confisque immédiatement toutes les possessions italiennes. Le rêve d'un « grand Monaco » italien s'évanouit. Selon Thomas Fouilleron, cette confiscation marque la fin d'une ère d'expansion unique dans l'histoire monégasque.

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