Dans une usine de Lianyungang, en Chine, des modules de cellules photovoltaïques destinés à l'exportation vers l'Europe et les États-Unis sont produits avec une efficacité redoutable. Cette image illustre parfaitement la montée en puissance industrielle chinoise qui inquiète profondément les autorités européennes.
Des alertes concrètes dans des secteurs stratégiques
Un acteur-clé européen du secteur aéronautique, dont l'identité reste confidentielle, a tiré la sonnette d'alarme. Il affirme que « le rattrapage chinois dans son domaine industriel suit une trajectoire comparable à celle observée dans l'automobile ». Cette comparaison avec l'industrie automobile, où la Chine a déjà réalisé des avancées spectaculaires, souligne l'urgence de la situation.
Dans le secteur nucléaire, un autre expert européen révèle des chiffres encore plus préoccupants. Les acteurs chinois seraient « en mesure de construire jusqu'à quatre fois plus rapidement et à des coûts jusqu'à quatre fois inférieurs, à qualité et niveau de sécurité du travail comparables ». Cette différence de performance industrielle représente un défi majeur pour la compétitivité européenne.
Un rapport officiel qui sonne l'alarme
Ces témoignages alarmants figurent dans le rapport publié lundi 9 février par le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan. Cet organisme public, directement rattaché à Matignon, dresse un constat sans appel sur la puissance du « rouleau compresseur » chinois lancé contre l'industrie européenne.
Le document, que Le Monde a pu consulter, constitue une mise en garde solennelle sur l'avenir de la compétitivité européenne. Il évoque explicitement la « menace systémique » que représente la stratégie industrielle de Pékin pour l'économie de l'Union européenne. Ce rapport intervient deux ans après la publication du rapport Draghi en septembre 2024, confirmant ainsi la persistance et l'aggravation des déséquilibres concurrentiels.
La nécessité d'une prise de conscience urgente
Clément Beaune, le haut-commissaire, insiste sur l'urgence de la situation. « En Europe, on est focalisés ces derniers temps sur les États-Unis et on parle beaucoup moins de la Chine. Mais la menace chinoise est là, elle ne doit pas être banalisée et appelle à une prise de conscience nouvelle », explique-t-il avec gravité.
Cette déclaration officielle souligne un paradoxe préoccupant : tandis que l'attention européenne se concentre principalement sur les relations transatlantiques, la Chine développe méthodiquement sa domination industrielle dans des secteurs clés. Le rapport met en lumière plusieurs domaines où cette avance chinoise se manifeste avec le plus d'acuité :
- Les énergies renouvelables, notamment le photovoltaïque
- L'industrie aéronautique et spatiale
- Le secteur nucléaire civil
- Les technologies vertes et la transition énergétique
La rapidité d'exécution et les coûts de production chinois créent un désavantage concurrentiel structurel pour les entreprises européennes. Ce phénomène pourrait, à terme, remettre en cause la souveraineté industrielle du continent et sa capacité à maintenir des emplois qualifiés dans des secteurs stratégiques.