Un revirement stratégique majeur pour SpaceX
Dans un mémo adressé la semaine dernière aux investisseurs de SpaceX, Elon Musk a dévoilé un changement de cap radical pour son entreprise spatiale. Le milliardaire américain a annoncé qu'il recentrait ses efforts sur un projet colossal : la création d'une ville autonome sur la Lune d'ici 2036. Cette annonce marque un tournant significatif, car Elon Musk avait jusqu'à présent insisté sur la nécessité de se concentrer sur Mars, une planète encore inexplorée par l'homme.
De Mars à la Lune : une priorité révisée
Il y a seulement un an, Elon Musk qualifiait encore l'exploration lunaire de distraction, soulignant que la Lune n'avait pas été visitée depuis 1972 et le programme Apollo. Sa vision semblait alors clairement orientée vers Mars, avec l'ambition d'une mission vers la planète rouge d'ici fin 2026. Cependant, dans son nouveau plan, il assure que ce projet lunaire ne compromet pas l'objectif martien, mais constitue plutôt une étape cruciale pour l'avenir de l'humanité.
Dans un message sur X publié ce dimanche 8 février, Elon Musk a expliqué : La priorité absolue est d'assurer l'avenir de la civilisation, et la Lune est plus rapide. Selon une source proche du dossier, un alunissage sans équipage est espéré pour mars 2027, accélérant ainsi le calendrier spatial.
Fusion avec xAI et centres de données spatiaux
Ce changement de stratégie intervient peu après la fusion de SpaceX avec xAI, l'entreprise d'intelligence artificielle d'Elon Musk. Cette opération crée une entité valorisée à environ 1 275 milliards de dollars, visant à faciliter le développement de centres de données dans l'espace. Ces infrastructures spatiales devraient financer et soutenir la construction de bases autonomes sur la Lune et, à terme, une expansion vers Mars et au-delà.
Elon Musk a déclaré à ses investisseurs : Les capacités que nous libérons en concrétisant les centres de données spatiaux permettront de financer et de mettre en place des bases autonomes sur la Lune, une civilisation entière sur Mars et, à terme, une expansion vers l'Univers. La ville lunaire pourrait ainsi servir de plateforme de départ pour des missions plus lointaines.
Rapprochement politique avec Donald Trump
Sur le plan politique, Elon Musk s'est réconcilié avec Donald Trump après une brouille liée à l'affaire Epstein, grâce à une médiation du vice-président J.D. Vance. Cette réconciliation pourrait être stratégique, car Donald Trump, depuis son retour à la Maison-Blanche, réitère son désir d'envoyer des astronautes américains sur la Lune. Il avait affirmé en 2017 : Cette fois, il ne s’agira pas seulement de planter notre drapeau et de laisser notre empreinte. Nous établirons une base pour une mission vers Mars.
Pour Donald Trump, il s'agit d'un enjeu géopolitique majeur face à la Chine, craignant que Pékin ne devance Washington dans l'exploration lunaire. Un tel scénario pourrait nuire à l'image des États-Unis sous sa présidence.
Pression de la NASA et concurrence avec Blue Origin
Malgré ce rapprochement, la NASA exerce une pression croissante sur SpaceX, insatisfaite des retards du vaisseau Starship, crucial pour le programme Artémis d'alunissage habité initialement prévu en 2025. En octobre, l'administration républicaine a annoncé un nouvel appel d'offres pour concurrencer SpaceX, où Blue Origin de Jeff Bezos apparaît comme le principal rival. Blue Origin a suspendu ses programmes touristiques pour se concentrer sur un vaisseau lunaire.
Elon Musk reste confiant, soulignant que la NASA ne représentera qu'environ 5 % des revenus de SpaceX cette année, avec la majorité provenant du système commercial Starlink. Récemment, Reuters a rapporté que Starlink génère 50 à 80 % du chiffre d'affaires de SpaceX, assurant ainsi l'autonomie financière de l'entreprise.
Ce projet de ville lunaire symbolise donc un virage audacieux pour SpaceX, mêlant innovation technologique, stratégie politique et compétition spatiale intense.