Un tournant pour le rail espagnol après les tragédies de janvier
Les syndicats et le gouvernement espagnol sont parvenus à un accord historique pour renforcer l'entretien et la sécurité des voies ferrées et des trains, une priorité absolue pour les cheminots qui étaient en grève ce lundi. Cette décision intervient après deux accidents ferroviaires survenus en janvier dernier, qui ont coûté la vie à 47 personnes et mis en lumière les faiblesses du réseau.
Les engagements concrets du gouvernement
Le ministère des Transports a détaillé les mesures phares de cet accord : un investissement massif de 1,8 milliard d'euros destiné à améliorer la maintenance des infrastructures, la création de 3 650 emplois supplémentaires, et le renforcement global de la sécurité ferroviaire. « L'accord est historique. Nous avons atteint une étape majeure en matière de sécurité ferroviaire », a déclaré un porte-parole du syndicat Semaf, à l'issue d'une réunion cruciale à Madrid avec les représentants du gouvernement de Pedro Sánchez.
Le ministre des Transports, Oscar Puente, a salué cette avancée : « C'est une étape importante pour améliorer le réseau ferroviaire espagnol et assurer sa future compétitivité ». L'accord prévoit spécifiquement :
- Des mesures et réglementations renforcées
- Des investissements substantiels dans la maintenance des infrastructures
- Des effectifs nécessaires pour mettre en œuvre ces améliorations
La fin du mouvement de grève
Conséquence directe de cet accord, l'appel à la grève des cheminots, qui devait se poursuivre mardi et mercredi, a été immédiatement levé. Cette décision devrait mettre un terme aux retards et aux annulations de trains observés lundi, permettant un retour à la normale pour les millions d'usagers du rail espagnol.
Pour les cheminots, les deux accidents mortels de la mi-janvier ont constitué le point de rupture. Le 18 janvier, la collision entre deux trains à grande vitesse à Adamuz, dans le sud du pays, a fait 46 morts, dont un conducteur. Deux jours plus tard, à Gelida en Catalogne, un déraillement provoqué par l'éboulement d'un talus a causé la mort d'un autre conducteur et blessé plusieurs passagers, interrompant le service des trains régionaux autour de Barcelone utilisé quotidiennement par 400 000 voyageurs.
Un réseau sous tension
Les syndicalistes dénoncent depuis longtemps la saturation croissante du réseau ferroviaire espagnol. « Il y a dix ans, nous transportions environ 10 millions de voyageurs. Aujourd'hui, nous sommes entre 22 et 23 millions », a souligné Arturo Vega, responsable national du syndicat CSIF. Pau Mercè, du syndicat CCOO, a ajouté : « Ça fait longtemps qu'on avertit de cette situation, aussi bien les syndicats que les travailleurs, et malheureusement, ces accidents font qu'on nous écoute davantage ».
Malgré les services minimums imposés par les autorités (75% des trains de banlieue aux heures de pointe et 50% le reste de la journée), la grève de lundi a créé des tensions importantes dans les gares. À Madrid, la gare d'Atocha a connu des perturbations majeures entre 7h00 et 8h00, tandis qu'à Barcelone, la gare de Sants était inhabituellement calme.
Les réactions des usagers
Les voyageurs ont exprimé des sentiments partagés face au mouvement social. Mari Carmen González, une usagère de 58 ans, a déploré : « Je n'ai pas pu partir », critiquant des services minimums « pas respectés ». À l'inverse, Victoria Bulgier, une professeure d'anglais américaine, a affirmé comprendre « totalement » la grève : « Ils ne devraient pas travailler dans des conditions qui les mettent en danger ».
Israel Fernández, un aide-soignant de 19 ans bloqué après une nuit de travail, a résumé l'ambiance : « Au final, beaucoup de gens se retrouvent en carafe », tout en exprimant son soutien aux revendications des cheminots.
Les investigations en cours
Le rapport final sur les causes de la tragédie d'Adamuz n'est pas attendu avant plusieurs mois. Les enquêteurs examinent notamment la piste d'une « rupture » d'un rail au niveau d'une soudure qui se serait produite juste avant la catastrophe, mettant en lumière les défis de maintenance auxquels fait face le réseau ferroviaire espagnol.