Hyundai progresse en Europe grâce à une stratégie pragmatique d'électrification
Alors que le marché automobile européen stagne et que les constructeurs historiques traversent une période de doute, Hyundai avance discrètement mais méthodiquement. En 2025, la marque coréenne a enregistré une progression de 1% sur un marché quasi stable, atteignant 603 542 immatriculations et une part de marché de 4,2%. Cette performance révèle une stratégie finement calibrée qui porte ses fruits.
Une approche multi-énergies sans dogmatisme
Contrairement à certains concurrents qui ont opté pour une transition trop rapide vers le tout-électrique, Hyundai assume une approche pragmatique et diversifiée. Les ventes de véhicules électrifiés ont progressé de 24% en 2025, avec un bond spectaculaire de 48% pour les modèles 100% électriques. Cependant, le groupe refuse toute fuite en avant technologique.
« Il y a trois ans, tout le monde prévoyait 30% de ventes électriques en Europe dès 2025. Nous en sommes à 19%. Les clients nous disent clairement : l'électrique, oui, mais pas à n'importe quel rythme », analyse Xavier Martinet, président de Hyundai Motor Europe.
Cette vision se traduit par une stratégie à plusieurs étages :
- Véhicules 100% électriques
- Hybrides classiques
- Hybrides rechargeables
- Moteurs thermiques traditionnels
D'ici 2027, chaque modèle Hyundai disposera d'au moins une version électrifiée. Actuellement, 80% de la gamme est déjà concernée par cette transition énergétique progressive.
L'offensive produit : Inster et Ioniq 3
Le symbole de cette approche équilibrée est l'Inster, une petite citadine électrique du segment A qui s'est vendue à plus de 34 000 exemplaires en Europe sur une année partielle. Particularité notable : deux tiers des ventes sont réalisées auprès de particuliers, ce qui constitue une rareté dans le segment électrique.
« Quand on arrive avec la bonne voiture, le bon design, la bonne autonomie et le bon prix, la réaction des clients est immédiate », observe Martinet.
Mais le véritable pivot stratégique sera la nouvelle Ioniq 3, dont le dévoilement est prévu le 20 avril 2026 lors de la Fashion Week de Milan. Produite en Turquie, cette voiture mesurera environ 4,2 mètres et visera directement les Renault Clio et R5, Peugeot 208, Citroën C4 et Volkswagen Golf sur le cœur du segment B européen.
Production locale : un bouclier stratégique
Hyundai a fait le choix stratégique de produire en Europe pour le marché européen. L'usine tchèque de Nošovice, ouverte en 2008, a dépassé les cinq millions de véhicules assemblés et intègre désormais l'assemblage de batteries directement sur les véhicules. Plus de 2 milliards d'euros y ont été investis.
En Turquie, le site historique d'Izmit a reçu 250 millions d'euros pour devenir compatible avec la production électrique, notamment pour l'Ioniq 3. Ces investissements visent avant tout la flexibilité : les lignes de montage peuvent désormais basculer en temps réel du thermique à l'électrique pour s'adapter aux fluctuations de la demande.
« En Europe, 75% des voitures que nous vendons sont produites localement. C'est un argument industriel, économique et politique extrêmement fort », martèle Martinet.
Genesis : l'expansion du pari premium
Le bras premium du groupe, Genesis, poursuit sa montée en puissance sur le Vieux Continent. Après l'Allemagne, le Royaume-Uni et la Suisse, la marque s'apprête à s'implanter en France, en Italie, en Espagne et aux Pays-Bas. « Nous ne cherchons pas le volume immédiat, mais la crédibilité », explique Peter Kronschnabl, patron de Genesis Europe.
Si les ventes restent modestes en Europe avec environ 2 250 unités écoulées en 2025, les modèles électrifiés comme la GV60 séduisent déjà des clients venus des marques premium allemandes traditionnelles. Cette percée symbolique démontre la capacité de Hyundai à concurrencer les leaders historiques sur leur propre terrain.
Kia : rivale et alliée stratégique
Hyundai n'avance pas seule sur le marché européen. Avec sa marque sœur Kia, le groupe forme un duo redoutable qui occupe le troisième rang mondial derrière Toyota et Volkswagen. « L'ingénierie est commune, mais le design, le marketing et le commerce sont totalement indépendants. Sur le marché, nous nous comportons comme de vrais concurrents », insiste Martinet.
Cette stratégie permet de mutualiser les coûts de développement tout en préservant l'identité distinctive de chaque marque. Par exemple, le Hyundai Tucson et le Kia Sportage partagent la même plateforme technique, tout comme le Hyundai Ioniq 5 et le Genesis GV60.
Vision long terme et résilience
Au-dessus de l'organigramme européen plane l'ombre bienveillante du siège de Séoul et de la famille Chung. « Notre président exécutif est le petit-fils d'un fermier. Cette origine explique beaucoup de choses : l'humilité, la résilience, la vision à dix ans », confie Martinet.
Dans un secteur souvent obsédé par le court terme, Hyundai revendique une stratégie patiente et durable. Cette résilience s'appuie sur une intégration verticale remarquable : le groupe produit son propre acier via Hyundai Steel et gère sa propre logistique avec sa filiale Glovis.
Cette autonomie stratégique a permis au constructeur de mieux traverser les crises d'approvisionnement que ses rivaux européens. « Certaines décisions ne sont pas prises pour le résultat immédiat, mais pour la solidité de l'entreprise à moyen et long terme », souligne le dirigeant.
Face aux défis du marché
Malgré la montée en puissance des constructeurs chinois, les normes européennes de plus en plus strictes et les incertitudes politiques, Hyundai avance avec une certaine sérénité. « Il y a 15 ans, on achetait une Hyundai pour le prix et la garantie. Si nous en étions restés là, nous serions vulnérables aujourd'hui », reconnaît Martinet.
« Maintenant, les clients viennent chez nous pour le design, la technologie supérieure et la qualité du service. Nous ne nous reposons pas sur nos lauriers. La concurrence est forte, mais nous ne sommes pas une cible facile, car nous travaillons d'arrache-pied pour garder notre longueur d'avance », conclut le président de Hyundai Motor Europe.