Le marché de l'emploi des cadres n'a pas retrouvé son souffle en 2025, selon le baromètre publié par l'Apec en février. Les entreprises ont continué à avancer avec retenue, freinées par un environnement économique jugé instable et un manque de visibilité sur les mois à venir. Beaucoup ont préféré différer leurs projets plutôt que de s'engager dans de nouveaux recrutements, quitte à fonctionner avec des équipes inchangées.
Une contraction qui se poursuit
La contraction du marché de l'emploi cadre observée en 2024 s'est poursuivie au cours de l'année 2025. Le chiffre qui ressort est parlant : au quatrième trimestre, seules 8% des entreprises ont embauché au moins un cadre. Un niveau bas, qui confirme que le marché tourne toujours, mais nettement au ralenti. Huit pour cent, cela signifie que plus de neuf entreprises sur dix n'ont recruté aucun cadre sur la période.
Les embauches plus rares et ciblées
Les embauches existent encore, mais elles sont plus rares, souvent concentrées sur des besoins urgents ou des compétences très spécifiques. Les projets destinés à préparer l'avenir passent après la nécessité de sécuriser le présent. La comparaison avec les années précédentes accentue ce sentiment de fermeture progressive. Trimestre après trimestre, l'élan s'est réduit. Les employeurs attendent des signes plus francs d'amélioration avant de rouvrir largement les vannes.
Les TPE massivement en retrait
Dans ce paysage, les écarts entre structures sont frappants. Les très petites entreprises ont été les plus rapides à freiner. À l'automne, la baisse a été tirée par les TPE de moins de 10 salariés, indique le baromètre. Pour elles, embaucher représente un pari financier important. Quand l'activité hésite, la tentation de reporter devient forte. Ce comportement a un effet immédiat sur les statistiques nationales. Parce qu'elles sont nombreuses, les TPE pèsent lourd dans la moyenne. Leur attentisme contribue largement au niveau historiquement faible observé en fin d'année.
Les grandes entreprises amortissent le choc
Dans les ETI et les grands groupes, la situation est un peu différente. Une partie d'entre eux a continué à recruter, pour accompagner des remplacements ou préserver des savoir-faire clés. Cela permet d'éviter l'arrêt total, mais pas de relancer franchement la dynamique. Même là, le rythme reste modéré. Les recrutements sont surveillés de près et chaque ouverture de poste doit être justifiée. La priorité demeure la maîtrise des coûts plutôt que l'expansion.
Des cadres lucides face au marché
Du côté des cadres, l'année a davantage ressemblé à une période de repli qu'à une phase de conquête. Beaucoup ont préféré sécuriser leur position plutôt que de s'aventurer sur un marché jugé incertain. Les inquiétudes sur la situation économique, la solidité des entreprises et les perspectives d'embauche ont pesé lourd dans les décisions individuelles. Résultat, les projets de mobilité ont souvent été remis à plus tard.
Une perception du risque accrue
Les enquêtes de l'Apec montrent à quel point cette réserve s'est installée. Seuls 42% des cadres estiment aujourd'hui qu'il leur serait facile de trouver un emploi équivalent au leur s'ils devaient changer d'entreprise ou perdre leur emploi, soit trois points de moins qu'un an plus tôt. Une proportion modeste, qui traduit une perception plus aiguë du risque et explique en partie pourquoi tant de professionnels ont choisi de temporiser.
Le moral des cadres au plus bas
Plus largement, le moral ne s'est jamais véritablement redressé. Les indicateurs sont restés tout au long de 2025 à un niveau historiquement bas, comparables à ceux de septembre et décembre 2020, en pleine crise Covid, relève Laetitia Niaudeau, directrice générale par intérim de l'Apec. Dans ces conditions, il est logique que l'immobilité ait dominé, même si l'envie de changement continue de travailler une partie des cadres en profondeur, notamment parmi les plus jeunes.
Les jeunes diplômés paient le prix
Quand les entreprises resserrent leurs recrutements, ce sont presque toujours les nouveaux entrants qui encaissent le choc en premier. Dans un marché plus incertain, les employeurs privilégient les profils déjà formés, immédiatement opérationnels, et repoussent une partie des embauches de début de carrière. L'effet est mécanique et il apparaît clairement dans les statistiques.
Un recul pour les bac +5
Ce sont notamment les jeunes diplômés qui en ont fait les frais. Une enquête de l'Apec publiée en novembre montrait qu'en juin 2025, un an après l'obtention de leur diplôme, 70% des bac +5 étaient en emploi, contre 72% de ceux de la promo précédente. Un recul qui a touché tous les diplômés, dont ceux des écoles d'ingénieurs. Pour beaucoup, la recherche du premier poste s'est donc étirée, demandant plus de candidatures, plus de patience, parfois des concessions.
Des signaux encourageants pour 2026
Tout n'est pourtant pas figé. La fin de l'année a vu apparaître quelques signes plus encourageants. L'investissement des entreprises privées a légèrement rebondi et le climat des affaires s'est rapproché de sa moyenne habituelle. Dans les grandes structures et les ETI, les intentions d'embauche pour le début 2026 repartent à la hausse. Les PME montrent également un peu plus d'optimisme, même si le mouvement reste fragile. Les TPE, elles, demeurent très prudentes.
Une possibilité de retournement
Pour l'Apec, ces éléments ouvrent une possibilité de retournement. On a un faisceau d'indices qui peuvent laisser présager d'une amélioration ou au moins un arrêt de la tendance à la baisse, a déclaré Laetitia Niaudeau. Si cette embellie se confirme, elle pourrait changer la donne. Des entreprises un peu plus confiantes, des cadres qui n'ont pas renoncé à bouger, des jeunes diplômés en attente d'opportunités : tous les ingrédients d'un redémarrage progressif seraient alors réunis. Après deux années de repli, 2026 pourrait enfin marquer la sortie de l'attente.