François Villeroy de Galhau quitte la Banque de France pour la Fondation Apprentis d'Auteuil
Villeroy de Galhau quitte la Banque de France pour Apprentis d'Auteuil

François Villeroy de Galhau quitte la Banque de France pour la Fondation Apprentis d'Auteuil

« On peut expliquer la politique monétaire sans être abscons ou trop ennuyeux », déclarait avec malice François Villeroy de Galhau en mars 2023, lors de la présentation des résultats annuels de la Banque de France. Connu pour ses facéties et ses bons mots, il décryptait régulièrement l'actualité économique avec les journalistes lors de petits déjeuners à l'hôtel de la Vrillière, dans le 1er arrondissement de Paris. À partir de l'été prochain, un autre devra s'astreindre à cet exercice de pédagogie délicat.

Un départ anticipé pour une nouvelle mission sociale

L'actuel gouverneur de la Banque de France a annoncé ce lundi 9 février qu'il quitterait ses fonctions en juin 2024, environ un an avant la fin de son mandat. À bientôt 67 ans, ce catholique social va prendre la présidence de la Fondation Apprentis d'Auteuil, un acteur majeur en France de l'aide sociale à l'enfance et de la formation de la jeunesse en difficulté, actuellement présidé par Jean-Marc Sauvé.

Dans une lettre aux agents de l'institution, François Villeroy de Galhau explique sa décision : « Mes fonctions à la tête de la Banque de France sont et resteront l'honneur de mon parcours public. Mais il me semble après près de onze ans que j'aurai accompli l'essentiel de ma mission, et qu'il est possible désormais d'en transmettre la responsabilité ; nous aurons en outre d'ici fin mai franchi des étapes décisives dans l'intérêt de notre Banque de France. »

Comment Villeroy de Galhau a fait taire les critiques

En 2015, sa première nomination à la tête de la Banque de France avait été critiquée en raison de son passage dans le privé, notamment chez Cetelem et BNP Paribas. Une lettre signée par 150 économistes, dont Thomas Piketty, avait contesté son arrivée. Depuis, l'ancien inspecteur des finances, passé par la direction du Trésor et les cabinets ministériels de Dominique Strauss-Kahn et Christian Sautter, a su faire taire les critiques, au point d'être confirmé pour un second mandat par Emmanuel Macron.

Son mandat n'a pas été un long fleuve tranquille, avec la crise du Covid, le retour de l'inflation, les guerres commerciales et l'explosion de la dette publique. Mais ce polytechnicien et énarque a réussi à faire émerger la voix de la Banque de France dans ce tourbillon. Européen convaincu et parfaitement germanophone, issu d'une famille d'industriels de la Sarre, il a évolué avec aisance dans la sphère de Francfort, incarnant une voix pragmatique entre les faucons sévères et les colombes laxistes.

Son mantra : « rendre le meilleur service au meilleur coût »

Sur la scène française, il n'a jamais manqué de rappeler l'importance d'avoir des finances publiques équilibrées. « La crédibilité suppose ici la vérité et un certain nombre de compromis, qui ne sont pas des solutions de facilité. Pour être elle-même respectée et écoutée en Europe, la France doit remplir ses engagements européens. Mais c'est aussi notre intérêt national […] Nous ne pouvons pas continuer dans cette direction : il y va de notre liberté d'action aujourd'hui et plus encore de celle de nos enfants demain », confiait-il au Point à la fin de l'été 2024, juste avant les épisodes budgétaires chaotiques.

À la tête de la Banque de France, il s'est également attelé à la lourde tâche de réorganiser l'institution avec le mantra « rendre le meilleur service au meilleur coût », réduisant notamment les effectifs de plus d'un quart. « Les femmes ont heureusement beaucoup plus de place dans les équipes de direction ; nous sommes distingués comme la Banque centrale la plus verte du G20. Nous avons été en pointe de l'innovation dans l'Eurosystème, du Lab jusqu'à la monnaie numérique ou l'intelligence artificielle », s'est félicité François Villeroy de Galhau dans sa lettre aux agents.

Une succession à la charge d'Emmanuel Macron

Son successeur aurait dû être nommé par le prochain président de la République. Avec cette démission surprise, c'est donc à nouveau Emmanuel Macron qui nommera le prochain gouverneur de la Banque de France. Parmi les favoris, se trouvent Benoît Cœuré, président de l'Autorité de la concurrence et ancien membre du directoire de la Banque centrale, et Emmanuel Moulin, secrétaire général de l'Élysée et ancien directeur du Trésor.