Bordeaux lance un plan de désherbage des trottoirs à 300 000 euros par an
Bordeaux lance un plan de désherbage des trottoirs

Ce lundi 4 mai, Thomas Cazenave a dévoilé les contours de son plan de désherbage pour Bordeaux. Deux campagnes annuelles, 200 kilomètres de trottoirs, et la « végétation choisie » épargnée : voilà les grandes lignes de cette initiative.

Une opération matinale

La débroussailleuse ronronne depuis 5 heures du matin. « On fignole à la binette, la laveuse nettoie au jet d’eau et l’aspiratrice passe derrière pour enlever les restes », explique Aurélien. Le jeune homme s’affaire à gratter un trottoir de la rue Pelleport à Bordeaux, ce lundi 4 mai, avec une dizaine d’autres agents en combinaison fluo. Leur ballet remonte lentement le kilomètre entre la place Nansouty et le pont du Guit. « Il y a du boulot pour la matinée. » Un début. D’ici l’été, 80 artères de la capitale girondine devraient passer au désherbage, dans tous les quartiers.

Une promesse de campagne

Le maire en avait fait l’une des 15 mesures fortes de ses cent premiers jours. « Cette campagne préfigure une nouvelle organisation de l’entretien des trottoirs », annonce Thomas Cazenave. À terme, Bordeaux en connaîtra deux par an, au printemps et à l’automne. Soit environ 200 kilomètres de trottoirs, traités sans produits chimiques, avec le renfort d’une entreprise d’insertion.

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Épargner la végétation choisie

Les opérations doivent épargner le jasmin ou la rose trémière, « le patrimoine végétal » issu des permis de végétaliser délivrés par la mairie. « Je n’ai rien contre la végétalisation choisie, éclaire Thomas Cazenave. Nettoyer les trottoirs est autre chose. Cela revêt un enjeu pour le bon écoulement de l’eau de pluie ou la circulation des poussettes et des piétons. »

Un coût de 300 000 euros par an

Pour « retrouver une ville propre et entretenue », il en coûtera 300 000 euros par an. La municipalité prend à sa charge ce qui, en théorie, relève de la responsabilité des riverains. « Chaque habitant est tenu d’entretenir le trottoir au droit de sa façade depuis 2018. » Le maire promet des piqûres de rappel. « Tout le monde doit s’y mettre et je veux féliciter ceux qui le font déjà. »

Une différence avec le mandat précédent

C’est la différence majeure avec le mandat précédent. Sous Pierre Hurmic, la responsabilité du nettoyage était laissée aux citoyens. « Nous n’intervenions qu’à la demande, explique Didier Jeanjean. Pour compenser une incapacité physique ou sur l’alerte de l’élu de quartier, par exemple. Mieux cibler, c’était moins dépenser. » Selon l’élu d’opposition, ex-adjoint chargé de la nature en ville, « les renforts d’insertion étaient redirigés vers le piquetage [le ramassage des détritus] ». Le reste, « l’entretien des fils d’eau et des passages existaient déjà ».

Critiques de l’opposition

L’opposant se fait acide pour critiquer « une politique spectacle, simpliste et caricaturale ». L’écologiste s’étonne, accessoirement, de voir des végétaux « considérés comme quelque chose de laid ». L’esthétique, critère éminemment subjectif, pourtant central. En matière de trottoirs, tous les goûts sont dans la nature.

Un débat esthétique

« Un bel espace, c’est très important, confirme Thomas Cazenave. C’est la dignité de l’espace public. La végétalisation non choisie appelle des papiers […]. Je suis pour la végétalisation organisée. » Bas-côtés au cordeau, plantes contenues : un écho à l’envie, bien réelle, d’un grand nombre de Bordelais. Débroussailleuse, binettes et balais : les opérations n’impliquent aucun produit chimique.

« De l’herbe folle, c’est de l’herbe folle. C’est de la mauvaise herbe », s’énervait récemment Fabien Robert, adjoint au tourisme, dans une vidéo postée sur son compte Instagram. Il s’y met en scène, arrachant de la verdure le long du Palais Rohan. « Elles s’incrustent, créent des infiltrations d’eau et, à grande échelle, cela n’aide pas les bâtiments », peste-t-il, en agitant de maigres racines. Dans le camp adverse, on « rit jaune ». « Mauvaises herbes, herbes folles. On ne parle plus comme ça de nos jours. Pour nous, c’est un saccage », critiquait l’écologiste Harmonie Lecerf-Meunier lors du conseil municipal du 28 avril.

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Des avis partagés

Chacun des 270 000 Bordelais pourrait apporter sa nuance au débat. À l’image de celles exprimées à Nansouty ce lundi. Pascal Le Roux observe les binettes d’un œil dubitatif. « Nous sommes quelques-uns, dans le quartier, à déplorer cette aseptisation. Du moment qu’elles ne gênent pas le passage, ces plantes apportent un peu de poésie urbaine dans les interstices de la ville. » Cet habitant aimerait surtout qu’on lui laisse le choix. « À la fin du désherbage chimique, Alain Juppé avait rappelé les habitants à leurs responsabilités. C’était courageux et économique. Aujourd’hui, quelque part, le riverain perd de son pouvoir. Et qui est capable de distinguer une herbe folle d’une ornementale ? » Devant son pas de porte, une mère de famille « dégoûtée » approuve. « Nettoyer, pourquoi pas. Mais vous voyez cette tige coupée ras ? C’était ma rose trémière. »