Les îles Canaries, cet archipel espagnol paradisiaque à portée de coucou, vous tentent pour un long week-end ? Attendez d'avoir vu Mi amor, le nouveau film de Guillaume Nicloux qui se déroule entièrement à Gran Canaria : vous pourrez y vérifier la qualité de ses plages et la variété de ses paysages, leur beauté époustouflante… mais pas seulement, oh, non pas seulement. Car Guillaume Nicloux ne visite pas des coins, il explore des recoins, des sociétés, des êtres, des âmes.
Un cinéaste inclassable
Cinéaste brillant, prolifique et farouchement inclassable, Guillaume Nicloux a trempé dans le noir (Le poulpe, Une affaire privée, Cette femme-là, La clé), l'errance métaphysique (Valley of love, The end, Les confins du monde), l'absurde radical (sa trilogie de comédies avec Michel Houellebecq) et le portrait (La religieuse, La petite, Sarah Bernhardt la divine). Mi amor relève de la première catégorie… mais pas seulement, oh, non pas seulement.
Pom Klementieff, une DJ tourmentée
Pom Klementieff, l'ultra charismatique actrice française d'origine eurasienne que Hollywood adore depuis dix ans (elle est dans les franchises Marvel et Mission : impossible), y incarne Romy, une DJ à l'esprit tourmenté, qui débarque à Maspalomas pour mixer dans un club techno. Elle a embarqué avec elle Chloé (Freya Mavor) dans l'intention de s'offrir un long week-end de farniente, hé, ce sont les Canaries ! Mais durant leur première soirée, alors que Romy est en plein set, Chloé disparaît et, depuis, elle est introuvable.
Un suspense tendu par la bande-son
Les autorités locales ne s'inquiètent pas outre mesure : il n'est pas rare que les touristes fassent leur vie dans leurs îles, voire s'y évanouissent. Romy, elle, est convaincue que ça n'est pas normal, alors elle part à sa recherche. Comme elle peut mais sans relâche. Seule ou avec un coup de main de Vincent (Benoît Magimel, absolument remarquable de fragilité et d'ambiguïté), le patron du club où elle a joué, un drôle de type, cabossé, un peu louche, mais qui l'a à la bonne. Dans sa quête, elle va s'enfoncer dans l'envers du décor paradisiaque et descendre aux enfers.
Une esthétique de l'étrangeté
Dès l'entame du film, Guillaume Nicloux distille l'étrangeté par un bidouillage de la colorimétrie de l'image qui respecte la carnation des visages tout en altérant les autres couleurs, les verts de la végétation apparaissant roux (comme la chevelure de la disparue). En outre, il distille l'angoisse par un travail sur la latence dans les échanges interpersonnels et plus largement dans le récit, à la fois balisé et déréglé. Enfin, il ne se contente pas de coller aux basques son héroïne, il s'efforce d'en rendre compte de l'univers mental ; pour ce faire, s'agissant d'une DJ, il immerge la quasi-intégralité de son film dans une bande-son techno (cosignée par la star française Irène Drésel et son percussionniste Sizo Del Givry). Une musique spectaculaire dont les pulsations obsédantes et les nappes électroniques semblent peu à peu contaminer la narration jusqu'à la propulser dans une autre dimension, à la fois sauvagement sensoriel et profondément métaphysique. Quel trip !



