Un leader syndicaliste au cœur des cortèges rennais
Depuis des années, Fabrice Lerestif est l'une des figures emblématiques des manifestations à Rennes. Sa voix, qui répète inlassablement « mes chers camarades », appelle à la grève et à la défense des salariés. Habitué à prendre la tête des cortèges, parfois agités, il a défilé contre la loi Travail, la réforme des retraites et bien d'autres combats. L'homme à l'épaisse barbe harangue la foule tout en tentant de temporiser les éléments les plus radicaux. Pour lui, la manifestation est un moyen d'expression essentiel.
Le 1er-Mai, une journée sacrée
Interrogé sur la manifestation la plus importante à ses yeux, le secrétaire départemental de Force ouvrière n'hésite pas : le 1er-Mai. « Parce que c'est notre journée. La journée des travailleurs, la journée des syndicalistes », témoigne-t-il. Ce vendredi, il participait à son cinquantième 1er-Mai. Sa première fois remonte au 1er mai 1976. « J'allais avoir 15 ans. J'y étais allé tout seul. Je voulais voir ce que c'était, je voulais comprendre les choses. Je crois que j'avais déjà cette idée de justice sociale », raconte Fabrice Lerestif. Depuis, il n'a manqué aucune édition, sauf en 2020, en raison de l'interdiction liée à la pandémie. « On avait tout tenté auprès de la préfecture, mais on n'avait rien pu faire. On m'avait fait comprendre que j'étais surveillé et que je n'avais pas intérêt à sortir de chez moi. »
Une frustration surmontée par la solidarité
Resté chez lui, Fabrice Lerestif était frustré de ne pas pouvoir célébrer cette journée si importante. « Mais plusieurs camarades avaient branché une sono sur une voiture. Ils avaient passé des heures à rouler dans Rennes en passant l'Internationale. Tout le monde nous en parlait après. »
Une mobilisation en demi-teinte en 2026
Ce vendredi, la manifestation rennaise a réuni entre 1 700 participants, selon la préfecture, et 4 000, selon les syndicats. Décevant ? Même pas. Pour le syndicaliste, l'essentiel est de lutter et de crier son envie de défendre les droits des travailleurs. « Tous ces élus qui veulent nous faire travailler aujourd'hui, ce gouvernement… Ils nous insultent, ils nous crachent à la figure. Le 1er-Mai doit être un sanctuaire. »
Un dernier 1er-Mai en tant que secrétaire départemental
C'est avec une petite émotion qu'il a pris la parole sur la place du quartier du Blosne, où les camarades avaient rendez-vous. Après treize années comme secrétaire départemental de Force ouvrière, l'homme passera la main en novembre. Était-ce son dernier 1er-Mai ? « Je n'aime pas trop quand on dit ça, on dirait qu'on fait ma nécrologie », glisse-t-il dans un sourire, avant de reconnaître qu'il y a « de l'émotion ». Il continuera d'y défiler sans se défiler, avec la même passion, mais avec plus de discrétion.



