En 2024, le taux de mortalité périnatale en France s'établit à 10,7 pour 1 000 naissances, soit une légère baisse par rapport à 2023 (11,1‰), mais ce chiffre reste préoccupant. Santé publique France, dans son dernier rapport publié le 8 juillet 2026, souligne que malgré cette amélioration, les causes profondes de ces décès survenant entre la 22e semaine de grossesse et les sept premiers jours de vie demeurent encore largement inexplorées.
Des disparités régionales et sociales marquées
Le rapport met en évidence des inégalités territoriales flagrantes. Les régions les plus touchées sont les Hauts-de-France (12,5‰), la Provence-Alpes-Côte d'Azur (11,8‰) et l'Île-de-France (11,5‰), tandis que la Bretagne et les Pays de la Loire affichent des taux inférieurs à 9,5‰. Ces variations suggèrent des facteurs environnementaux, socio-économiques ou d'accès aux soins encore mal identifiés.
Par ailleurs, l'âge maternel reste un facteur de risque majeur : les femmes de plus de 40 ans présentent un taux de mortalité périnatale de 15,2‰, contre 9,1‰ pour celles âgées de 25 à 29 ans. Le niveau d'éducation et la précarité financière sont également corrélés à une augmentation du risque, avec un taux de 13,4‰ chez les mères sans diplôme contre 8,9‰ pour les diplômées du supérieur.
Des causes encore mystérieuses
Selon le Dr Marie-Laurence Lelièvre, épidémiologiste à Santé publique France et co-autrice du rapport, « dans près de 40 % des cas, la cause du décès périnatal reste indéterminée, même après autopsie et analyses approfondies ». Elle ajoute : « Nous devons intensifier la recherche sur les mécanismes physiopathologiques, notamment les anomalies placentaires, les infections silencieuses et les facteurs génétiques. »
Le rapport souligne que seulement 55 % des décès font l'objet d'une autopsie, et que les protocoles d'investigation varient considérablement d'un hôpital à l'autre. Cette hétérogénéité complique l'identification des tendances et l'évaluation des politiques de prévention.
Un plan d'action insuffisant ?
Le gouvernement a lancé en 2023 un plan national pour réduire la mortalité périnatale, avec un objectif de 8‰ d'ici 2030. Cependant, à mi-parcours, les résultats sont mitigés. Le taux de 10,7‰ en 2024 est encore loin de la cible, et les experts estiment que les mesures actuelles, centrées sur le suivi de grossesse et la formation des soignants, ne suffisent pas.
Le Pr Jean-Marc Ayoubi, chef du service de gynécologie-obstétrique à l'hôpital Foch, interrogé par Le Monde, déclare : « On ne pourra pas réduire significativement la mortalité périnatale sans une meilleure compréhension des causes. Il faut un investissement massif dans la recherche fondamentale et clinique, ainsi qu'un registre national exhaustif des décès périnataux. »
Vers une meilleure collecte de données
Santé publique France recommande la création d'un registre national standardisé, incluant des données cliniques, biologiques et sociales pour chaque décès périnatal. Ce registre permettrait d'identifier des facteurs de risque émergents et d'évaluer l'efficacité des interventions. Actuellement, seulement 70 % des maternités participent au système de surveillance, ce qui limite la portée des analyses.
Le rapport conclut que la baisse observée en 2024 est encourageante, mais qu'elle ne doit pas masquer la nécessité d'une approche plus systématique et d'une recherche accrue pour sauver davantage de vies.



