Le tribunal correctionnel de Paris a entamé ce mercredi le procès de l'administrateur du site « C », une plateforme spécialisée dans la création et la diffusion de deepfakes à caractère sexuel. Plusieurs victimes, dont des femmes et des adolescentes, ont témoigné de leur sentiment d'humiliation et de violation après avoir découvert que leur visage avait été utilisé sans leur consentement pour générer des vidéos pornographiques.
Des victimes brisées par la diffusion de deepfakes
« Je me sens salie, humiliée », a déclaré à la barre une jeune femme de 23 ans, dont le visage a été utilisé pour créer une vidéo intime factice. « C'est comme si on m'avait violée numériquement. » Selon l'enquête, le site comptait plus de 50 000 membres et proposait des tutoriels pour réaliser ces montages hyperréalistes. L'administrateur, âgé de 35 ans, est poursuivi pour diffusion d'images pornographiques sans consentement et association de malfaiteurs.
Un business juteux basé sur l'humiliation
Les enquêteurs ont estimé que le site générait plusieurs milliers d'euros par mois grâce aux abonnements et aux publicités. « C'était un véritable business, avec des clients qui commandaient des deepfakes de leurs collègues, voisines ou même d'inconnues croisées dans la rue », a expliqué une avocate de parties civiles. Plus de 200 victimes ont été identifiées, mais le nombre réel pourrait être bien plus élevé.
La difficulté de prouver le préjudice
Les avocats de la défense ont plaidé que leur client n'était qu'un « fournisseur d'outils » et non responsable de l'utilisation qui en était faite. « Il n'a jamais créé lui-même les deepfakes », a-t-il soutenu. Mais les juges ont souligné que l'administrateur avait sciemment mis en place une plateforme dédiée à cette pratique illicite, avec des conseils pour échapper à la détection.
Un procès emblématique pour la lutte contre les deepfakes
Ce procès est l'un des premiers en France à traiter spécifiquement des deepfakes sexuels. L'association « Stop au Cyberharcèlement » a salué une « avancée judiciaire importante » tout en déplorant que la loi ne soit pas encore assez adaptée à ces nouvelles formes de violence. « Les peines encourues sont souvent trop légères par rapport au traumatisme subi », a déclaré sa présidente.
Le verdict attendu dans un mois
Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 8 août prochain. L'accusé encourt jusqu'à cinq ans de prison et 75 000 euros d'amende. En attendant, les victimes espèrent que ce jugement enverra un signal fort aux créateurs de ces contenus. « On ne peut pas détruire la vie des gens pour de l'argent », a conclu une plaignante.



