Un nouveau procès pour soumission chimique à Lyon
Le tribunal correctionnel de Lyon examine depuis lundi 12 juin le cas d'un homme de 45 ans, jugé pour avoir administré des anxiolytiques à sa compagne afin de la livrer, inconsciente, à des viols commis par des hommes rencontrés sur internet. Ce dossier rappelle l'affaire Dominique Pelicot, condamné en 2024 pour des faits similaires commis pendant près d'une décennie. L'accusé, un technicien informatique sans antécédents judiciaires, est décrit par les experts comme un homme « ordinaire », mais dont le comportement révèle une mécanique perverse de la domination masculine.
Des faits méthodiquement organisés
Entre 2019 et 2022, l'homme aurait versé des somnifères dans les verres de sa compagne, une employée de bureau de 38 ans, avant d'inviter des inconnus à abuser d'elle. Il filmait les scènes et les partageait sur des forums spécialisés. La victime, qui n'a aucun souvenir des agressions, a découvert les vidéos lors d'une perquisition liée à une autre enquête. « Je ne comprends pas comment j'ai pu vivre à côté de ça sans m'en rendre compte », a-t-elle déclaré à la barre, en larmes.
La défense plaide l'emprise et la banalité du mal
L'avocat de l'accusé, Me Lefèvre, tente de démontrer que son client était lui-même sous l'emprise d'une addiction sexuelle et d'un sentiment de toute-puissance. « Il n'est pas un monstre, mais un homme qui a perdu pied dans une société où la domination masculine est encore trop souvent banalisée », argue-t-il. L'accusé, qui encourt jusqu'à 20 ans de réclusion, a reconnu les faits mais minimise leur gravité, évoquant une « fantaisie de couple ».
Un procès emblématique des violences conjugales
Ce procès intervient dans un contexte de prise de conscience accrue des violences faites aux femmes. L'affaire Pelicot, qui avait choqué la France, a conduit à une révision des protocoles judiciaires concernant la soumission chimique. Selon les associations féministes présentes dans la salle, ce nouveau dossier illustre la persistance d'un système où le corps des femmes est traité comme un objet. « Il faut que la justice envoie un signal fort : ces actes ne sont pas des égarements, mais des crimes », a déclaré la porte-parole de l'association #NousToutes.
Les experts pointent un profil psychologique complexe
Les psychiatres qui ont examiné l'accusé décrivent un homme intelligent, mais dépourvu d'empathie et animé par un besoin de contrôle. « Il a construit un scénario où il était le maître absolu de la sexualité de sa compagne. C'est l'archétype du prédateur moderne, qui utilise la technologie comme outil de domination », analyse le Dr. Moreau. La cour doit également se pencher sur le rôle des complices, dont certains sont identifiés mais non poursuivis.
Un verdict attendu sous tension
Le verdict est attendu vendredi. La victime, soutenue par des associations, espère que la justice reconnaîtra la préméditation et la particulière gravité des faits. De son côté, la défense mise sur une peine modérée, en invoquant les troubles psychologiques de l'accusé. Ce procès, comme celui de Dominique Pelicot, pose une question de fond : comment la société peut-elle prévenir ces violences invisibles, commises dans l'intimité du foyer ?



