Décès d'Alain Frasquet, témoin historique du crash aérien de 1968
Alain Frasquet, l'ancien preneur de son de l'ORTF dont le témoignage avait permis de relancer l'enquête sur le crash de la caravelle Ajaccio-Nice en 1968, s'est éteint à l'âge de 86 ans, lundi à Cagnes-sur-Mer. Sa disparition intervient quinze ans après qu'il soit sorti de l'anonymat pour livrer des éléments décisifs sur cette catastrophe aérienne qui avait coûté la vie à 95 personnes au large du cap d'Antibes.
Un témoignage qui a bouleversé l'enquête officielle
En 2011, les souvenirs précis d'Alain Frasquet ont conduit les autorités judiciaires à rouvrir l'enquête sur ce crash énigmatique. Le jour de la catastrophe, le 11 septembre 1968, Frasquet participait à un reportage militaire à Toulon sur le lancement d'un missile lors d'un exercice de tir. Dans son casque radio, il a distinctement entendu une voix crier : "On l'a perdu, on l'a perdu", comme l'a rapporté son ami, le journaliste Dominique Bertin.
Ce récit, qu'il a maintenu avec constance pendant des décennies, est venu contredire l'explication officielle du drame qui évoquait un incendie de réacteur s'étant propagé à l'ensemble de la carlingue. Les proches des victimes, réunis en association, n'ont jamais cru à cette version, avançant plutôt la thèse d'un tir de missile accidentel – une hypothèse confortée, 43 ans après les faits, par le témoignage d'Alain Frasquet.
Des bandes-son mystérieusement disparues
Les images du reportage militaire de Toulon auquel participait Frasquet restent accessibles sur le site de l'Institut National de l'Audiovisuel, mais sans le son. L'explication avancée par l'ancien preneur de son est troublante : le jour même de la catastrophe, deux personnes se présentant comme des agents des renseignements généraux se seraient présentées aux studios antibois de l'ORTF pour saisir les bandes-son.
Me Sollacaro, l'avocat des proches des victimes, déclarait en 2017 : "Ça expliquerait pourquoi ledit reportage n'a, dans les archives disponibles auprès de l'INA, pas de son". Cette disparition des enregistrements sonores a alimenté les spéculations sur un possible camouflage des circonstances réelles de l'accident.
Une enquête toujours en cours
L'enquête, rouverte en mars 2012 par le procureur de la République de Nice de l'époque, Eric de Montgolfier, se poursuit aujourd'hui encore. Les investigations récentes ont notamment inclus des recherches sous-marines approfondies sur la carlingue de l'avion, située par 2 300 mètres de fond sur une zone de huit kilomètres carrés au large d'Antibes.
La disparition d'Alain Frasquet prive désormais la justice d'un témoin direct dont la crédibilité et la constance avaient redonné espoir aux familles des victimes. Dominique Bertin, son ami journaliste, regrette la perte d'"un être chaleureux" dont le courage civique a marqué l'histoire judiciaire française.
Portrait d'un homme passionné
Né le 7 mars 1940 à Alger, Alain Frasquet était décrit par son épouse Yvette comme un homme "curieux de tout", passionné par la mer, la voile et la liberté. Quand il n'a plus pu naviguer, il s'est tourné vers la musique, maîtrisant le synthétiseur et improvisant ses propres compositions.
La cérémonie funéraire d'Alain Frasquet aura lieu samedi 18 avril 2026 à 9h30, à l'athanée de Cagnes-sur-Mer. Sa disparition laisse un vide dans le combat pour la vérité sur l'une des plus grandes catastrophes aériennes de l'histoire française, dont les circonstances exactes demeurent, plus d'un demi-siècle plus tard, partiellement obscures.



