300 bénévoles recherchent Manon Relandeau en Loire-Atlantique
300 bénévoles recherchent Manon Relandeau

Il est 13h30, il fait 35 °C sous un ciel bleu, presque blanc, en ce premier jour du long week-end de Pentecôte. Et pourtant, près de 300 personnes se sont réunies dans la chaleur étouffante d'une salle municipale à Saint-Étienne-de-Montluc (Loire-Atlantique). Leur objectif : retrouver Manon Relandeau, une agricultrice de 31 ans, jeune mère de famille, qui n'a plus été vue depuis le 27 mars dernier.

Une battue citoyenne organisée par la gendarmerie

Quelques jours après sa disparition, son compagnon, Abdelkarim B., a pris un vol à l'aéroport de Nantes pour l'Algérie avec leur petite fille Inaya, où il a depuis été arrêté. Devant la salle Montluc remplie de bénévoles déjà vêtus de gilets jaunes, le lieutenant-colonel Caffart, commandant de la compagnie de gendarmerie départementale de Nantes, a encadré la battue citoyenne organisée par ses services.

« Sachez que votre soutien et votre engagement vont permettre d'effectuer des recherches pédestres sur des zones qui n'ont pas été couvertes, ou pas avec le même niveau de précision que celui que nous allons mettre en œuvre cet après-midi. Tout élément que vous allez pouvoir découvrir ou déceler aujourd'hui pourra apporter une plus-value à l'enquête », a encouragé l'officier.

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Pour les enquêteurs, cette battue sous contrôle permet aussi de canaliser les bonnes volontés et d'éviter les initiatives isolées qui peuvent « nuire aux recherches en cours », selon l'alerte relayée par la gendarmerie de Loire-Atlantique sur les réseaux sociaux il y a quelques semaines.

Des recherches minutieuses sur 65 hectares

Cette fois, tout est organisé par les enquêteurs. Les centaines de bénévoles présents ont été répartis en sept groupes supervisés chacun par deux gendarmes. Soixante-cinq hectares de terres doivent être arpentés. Sous le soleil de plomb, au lieu-dit Les Perrières, les bénévoles du groupe Delta s'alignent à un mètre les uns des autres et commencent à avancer au coup de sifflet. « Si vous remarquez quelque chose qui n'est pas ici à sa place, des lunettes, un vêtement, des chaussures, levez le bras », ont expliqué les militaires au groupe.

Tous les bénévoles ont téléchargé une application de randonnée qui permet de retracer chaque parcours avec une grande précision. « On est solidaire avec la famille, cela ne doit pas être facile pour eux depuis des semaines », a compatit Chantal. Avec sa présence ce samedi, elle entend aussi « lutter contre les violences conjugales, sexistes et sexuelles ».

« Un jour, il va falloir donner des réponses à sa petite fille », a soupiré Brigitte. « On ne pouvait pas rester les bras croisés, a assuré Sophie, qui travaille au Super U de la ville où elle croisait souvent Manon. On espère trouver au moins un indice. »

Des bénévoles motivés par un sentiment de responsabilité

Steven, lui, est venu seul. Il a fait 50 km pour être là, chapeau vissé sur la tête et chaussures de randonnée aux pieds : « Manon était chez moi 48 heures avant sa disparition. Elle venait pour m'acheter deux poulains. Elle était très sympa, elle devait nous recontacter dans la semaine et, évidemment, on n'a jamais eu de ses nouvelles », s'est-il souvenu, convaincu d'avoir une « responsabilité morale » de venir et d'aider. « Ça nous a bouleversés, cette disparition, on est heureux de pouvoir faire quelque chose. »

« Grâce à cette action, on va chercher dans le détail, a assuré le lieutenant-colonel Caffart. C'est un travail de fourmi qui est engagé. » Depuis des semaines, les enquêteurs ont déployé de très importants moyens sur le terrain : drones, brigade cynophile, plongeurs, hélicoptère. Plus de 300 « levées de doutes » ont été effectuées.

« Nous sommes allés vérifier dans des dizaines et des dizaines d'endroits qui nous ont été donnés au fil des auditions, par la famille ou par les gens qui ont contacté la gendarmerie », a détaillé le commandant de compagnie.

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Une enquête pour meurtre et enlèvement

Depuis la disparition de Manon Relandeau, signalée le 3 avril, le parquet de Nantes a ouvert une enquête pour meurtre et enlèvement. Outre le compagnon de Manon, principal suspect détenu en Algérie, un chauffeur de taxi ainsi qu'une femme de ménage, interpellés fin avril mais laissés libres depuis, sont mis en examen — pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime » et « modification des lieux d'un crime », au moment du départ d'Abdelkarim B. pour l'Algérie.