Ce lundi 8 juin, dans toute la France, associations et citoyens se sont rassemblés devant les tribunaux pour rendre hommage à Lyhanna, une jeune victime de violences. À Toulon, près de 500 personnes ont répondu à l'appel des associations engagées dans la lutte contre les violences faites aux enfants, pour honorer sa mémoire et demander une meilleure protection des mineurs.
Des pancartes et des témoignages poignants
Munies de nombreuses pancartes, les personnes présentes ont exprimé leur colère et leur détermination. On pouvait lire des slogans comme « Combien de plaintes avant un cercueil ? », « Touche pas à mon gosse » ou encore « Pas une de plus ». Des citoyens ont pris la parole pour raconter leur histoire, leur traumatisme. Laura, 37 ans, a revécu la soirée où elle a été violée à l'âge de 13 ans : « Je dormais chez ma meilleure amie. Dans la nuit, son père est venu dans le lit. Je me suis confiée à l'infirmière du collège, qui a alerté la brigade des mineurs. Ils n'ont pas pris l'histoire au sérieux. »
Une mère de famille a dénoncé au mégaphone l'identité et l'adresse de celui qui aurait violé sa fille. « Je vais me servir du drame de Lyhanna pour parler du mien. Ma petite a été abusée par mon ancien compagnon, dans notre propre lit. Il y a des vidéos : on le voit éjaculer sur elle dans la douche. Je les ai transmis à la brigade des mineurs, rien n'a bougé, elle n'a même pas été examinée », a-t-elle assuré. La foule a alors hurlé « À mort ! » et « Au feu ! ».
Minute de silence et appel à la réforme
Après le discours d'un père dont « la petite s'est fait tuer à La Valette par un psychopathe », une minute de silence a été observée en hommage à Lyhanna. Céline et Carole, deux mamans venues manifester pour « protéger » leurs filles, ont exprimé leur indignation. « Il y a des soucis dans ma famille, ça dure depuis trois ans, a confié Céline. On a déposé plusieurs plaintes, rien n'a été fait pour préserver ma nièce. La société doit se remettre en question. On est tous concernés. Si on ne peut pas protéger nos enfants, on est bons à quoi ? » Son amie Carole a ajouté : « Les magistrats font ce qu'ils peuvent. C'est le système entier qui est à revoir. On fait partie d'une génération qui rentrait de l'école avec la clé autour du cou. Mais c'est fini ça. Pourquoi ? »
Les associations dénoncent les classements sans suite
Nathalie Rocailleux, neuropsychologue et fondatrice de l'association AFL Transition La Seyne-Toulon, engagée dans la lutte contre les violences intrafamiliales, a dénoncé « les classements sans suite de plaintes, parfois sans même qu'une enquête ne soit menée ». Selon elle, « on ne mesure pas à quel point ces décisions peuvent être destructrices pour les victimes. Il est indispensable de mobiliser davantage de moyens et de former les magistrats aux conséquences psychologiques de l'abandon ressenti par les personnes concernées. Chaque année, près de 2 000 victimes se tournent vers notre association. »
Le procureur répond aux critiques
À l'écart de l'agitation, le procureur Raphaël Balland a assisté à la mobilisation. « C'est difficile d'entendre : “Mort à la justice”. On choisit de faire ce métier pour protéger les gens, pour que ce genre de drame n'arrive jamais. » Il a souligné le manque de moyens dont souffre l'institution judiciaire : « En France, il y a trois procureurs pour 100 000 habitants. Nous sommes quatre fois moins nombreux que la moyenne en Europe. » Pour autant, rien qu'aujourd'hui, huit affaires d'agressions sexuelles sur mineurs ont été traitées par la permanence du parquet de Toulon. « Il faut que les citoyens comprennent que nous ne sommes pas le problème, bien au contraire. »



