Projection Spilhaus : une carte du monde centrée sur l'océan unique
Projection Spilhaus : l'océan au centre du monde

Représenter notre monde n’est pas chose aisée et les nombreuses projections qui existent présentent chacune une interprétation avec ses points forts et ses limites. Parmi elles, certaines sortent du lot et proposent une interprétation complètement différente des cartes auxquelles nous sommes habitués. C’est le cas de la projection de Spilhaus, inventée en 1942 par l’océanographe sud-africain Athelstan Spilhaus. À l’occasion de la journée mondiale de l’océan ce lundi, 20 Minutes vous dit tout sur cette carte un peu spéciale.

Une carte qui bouleverse notre vision du monde

Là où les projections citées plus haut sont centrées sur les continents, qu’elles agencent et proportionnent différemment, celle-ci met l’accent sur l’océan mondial. « Les dénominations "océan Atlantique", "Indien", "Pacifique", etc., sont des productions humaines. L’océan, il n’y en a qu’un seul sur cette planète, et la projection de Spilhaus montre cela de façon absolument évidente », rappelle Catherine Jeandel, océanographe directrice de recherche émérite au CNRS.

Mettre en avant la continuité maritime

Un véritable parti pris, alors que « les cartographes choisissent une projection par rapport à ce qu’ils veulent montrer », explique Pierre Philippe, ingénieur expert cartographe à l’IGN (Institut national de l’information géographique et forestière). La projection étant « une modélisation à plat d’une surface courbe », toutes les cartes mondiales présentent des déformations. En choisissant une représentation, les spécialistes mettent donc en avant un territoire ou un élément particulier de notre planète, comme cette continuité maritime avec Spilhaus que l’on ne voit pas sur les cartes « classiques ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Pour appréhender cette carte « qui titille bien le cerveau », il faut d’abord prendre des points de repère. Cerner les pays et les continents permet de comprendre la façon dont cette carte est faite : en ne faisant qu’esquisser les continents, dont certains ne sont pas représentés en entier ou le sont deux fois. On y voit par exemple très bien l’Australie, l’Afrique et l’Europe mais pas l’Asie ou les deux Amériques, dont seules les côtes sont dessinées.

Une carte très déformée

C’est ce qui a valu à cette projection le surnom de « point de vue d’un poisson », qui « se promène dans tous les océans en ne voyant pas à l’intérieur des côtes », explicite Pierre Philippe. Mais cette carte n’est pas pour autant faite pour la navigation : « Elle n’est pas pratique pour retrouver des coordonnées car, contrairement à d’autres, elle déforme beaucoup, et cette déformation n’est pas la même en fonction des endroits », décrit le spécialiste.

Cette carte est également – et paradoxalement – « peu utilisée par les océanographes », explique Catherine Jeandel. Parce qu’elle « ne montre pas très bien le nord du Pacifique », mais aussi parce que les cartes habituelles « sont beaucoup plus pratiques » pour tracer les sections à étudier. Elle n’est pas non plus utilisée pour représenter les circulations océaniques, qui sont illustrées sur un planisphère classique. Une « erreur » selon l’océanographe, qui estime que la projection de Spilhaus permettrait de « montrer très clairement que cette circulation est unique et connecte tous les océans ».

Un outil éducatif fort

Avant tout symbolique, cette représentation est cependant très utile pour la médiation scientifique. « On s’appuie dessus pour montrer à quel point l’océan est vraiment important par rapport à la taille de la planète, que c’est un volume absolument énorme, que c’est un enjeu majeur et qu’on est tout petits par rapport à lui », énumère l’océanographe. Une sensibilisation essentielle face à la méconnaissance du grand public vis-à-vis de l’océan.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

« Les gens, une fois qu’ils sont à la plage et qu’ils ont nagé jusqu’où ils n’ont pas pied, ils ont fini avec la mer, déplore-t-elle. Pour beaucoup, ce sont les abysses, le noir, une grande terre inconnue. » Une vision qu’il est possible de casser moins difficilement qu’avant, notamment grâce à de nombreux sites institutionnels qui permettent de « faire faire des galipettes à la Terre » en la manipulant et la tournant dans tous les sens. « Ce n’est pas Spilhaus, mais c’est une autre façon d’appréhender la mer », selon la spécialiste.