La Suède, traditionnellement perçue comme un havre d'accueil pour les migrants, voit la question de l'immigration s'imposer au cœur de sa campagne électorale pour les législatives de septembre. Ce thème, longtemps tabou dans le débat public, est désormais central, fracturant la classe politique et l'opinion publique.
Un changement de paradigme
Depuis la crise migratoire de 2015, où le pays avait accueilli plus de 160 000 demandeurs d'asile, la position suédoise s'est durcie. Les partis traditionnels, sous la pression des Démocrates de Suède (SD), formation d'extrême droite, ont adopté des mesures restrictives. Le gouvernement social-démocrate a notamment introduit des contrôles aux frontières et réduit les possibilités de regroupement familial.
Les Démocrates de Suède en pleine ascension
Fondé sur une plateforme anti-immigration, le SD est crédité d'environ 20 % des intentions de vote, ce qui en ferait le deuxième ou troisième parti du pays. Son leader, Jimmie Åkesson, capitalise sur les craintes liées à l'intégration et à la sécurité. Il promet une politique migratoire « plus stricte que jamais », avec des quotas et des expulsions massives.
Les divisions au sein de la gauche
À gauche, le débat est tout aussi vif. Les Verts et la Gauche radicale défendent une approche humanitaire, tandis que les sociaux-démocrates tentent de concilier ouverture et pragmatisme. La Première ministre Magdalena Andersson a déclaré que « l'immigration doit être contrôlée pour préserver notre modèle social », une position qui a suscité des critiques au sein de son propre camp.
Les enjeux de société
Au-delà des chiffres, l'immigration cristallise des questions d'identité nationale, de sécurité et d'intégration. Les émeutes urbaines de 2022, impliquant des jeunes issus de l'immigration, ont ravivé les tensions. Les partis d'opposition accusent le gouvernement d'échec en matière d'intégration, tandis que les associations dénoncent une montée de la xénophobie.
Un impact sur l'économie
L'immigration a aussi des répercussions économiques. Si certains secteurs, comme la santé et la tech, bénéficient de la main-d'œuvre immigrée, d'autres pointent du doigt le coût des prestations sociales. Le débat sur le modèle suédois, fondé sur la solidarité et l'égalité, est relancé.
Vers un virage à droite ?
Les sondages indiquent une possible victoire de la coalition de droite, incluant les Modérés, les Chrétiens-démocrates et les Libéraux, qui promettent des réformes drastiques. Cependant, aucune formation ne semble en mesure de gouverner sans le soutien des Démocrates de Suède, ce qui pourrait normaliser leurs idées et transformer durablement la politique suédoise.
La campagne électorale suédoise illustre ainsi un phénomène européen plus large : la question migratoire, devenue centrale, redessine les clivages politiques traditionnels et interroge les valeurs d'ouverture et de solidarité.



