Fort de son expérience et d'un appareil militant structuré, Jean-Luc Mélenchon se lance dans une quatrième course à l'Élysée. Cependant, son image clivante fragilise ses perspectives de second tour. Se présenter à la présidentielle, serait-ce pour la quatrième fois, suppose, disait le général de Gaulle, la « rencontre » d'une personnalité avec les Français. Fort de sa troisième place en 2022, Jean-Luc Mélenchon ne manque pas d'atouts politiques et personnels pour se relancer dans la bataille. Mais il pourrait aussi être rattrapé par ses démons.
Charismatique
Fort caractère, théorisant les vertus de la « colère », le candidat du mouvement de gauche radicale pour 2027 a une marque de fabrique en campagne : de très longs meetings savants et rythmés, fondés sur le principe de l'« éducation populaire ». Le spectateur doit en ressortir plus riche de connaissances qu'il n'y est entré. C'est un « animal politique », souligne Adèle Zulfikarpasic, directrice du pôle société d'Ipsos-BVA, « un extraordinaire tribun ». Debout, avec ses notes éparpillées sur une table haute, il fait un cours détaillé, complet et didactique aussi bien sur l'eau, l'espace que les inégalités sociales ou le nucléaire. Sa marque de fabrique consiste à manier comme personne l'art de la rhétorique et du phrasé pour passionner son auditoire. Il est également « très fort en débat », relève le politologue Rémi Lefebvre, qui imagine déjà le « choc de légitimité entre la surcompétence de Jean-Luc Mélenchon et l'inexpérience de Jordan Bardella ».
Structuré
À 74 ans, l'ancien socialiste en est à sa quatrième candidature, la troisième avec l'appui de La France insoumise qu'il a créée il y a dix ans. « C'est un des seuls à disposer d'un appareil extrêmement discipliné, une machine qui est entièrement consacrée à lui », explique Jean-Yves Dormagen, directeur de l'institut Cluster 17. Ce mouvement « gazeux » s'est de plus « considérablement renforcé depuis 2022 », avec de nombreux élus, députés, eurodéputés, et conseillers municipaux voire maires, rappelle Rémi Lefebvre, évoquant « une machine électorale qui en plus se gonfle à chaque élection présidentielle ». Il insiste par ailleurs sur « la force de LFI sur les réseaux sociaux », capable de « toucher des publics que personne ne touche, toute une partie de la population qui ne regarde plus les informations ». Sa force réside aussi dans son programme, « L'Avenir en commun », déjà rédigé, complété et consolidé.
Clivant
« Je n'oublie pas qu'il y a encore quelques semaines, Jean-Luc Mélenchon, dans des meetings, s'amusait à faire rire des salles avec des noms à consonance juive », s'est exclamé lundi Pierre Jouvet, le secrétaire général du Parti socialiste. « Jean-Luc Mélenchon fracture dans ce pays », a-t-il insisté, citant « son incapacité à prendre position pour qualifier le Hamas d'organisation terroriste après le 7 octobre ». Cliver, opposer, prendre le contre-pied : le théoricien du « bruit et de la fureur » en est fier. « Il ne faut pas être clivant avec le Rassemblement national, il ne faut pas être clivant avec la droite, il ne faut pas être clivant avec M. Édouard Philippe qui propose la retraite à 67 ans ? », a-t-il interrogé dimanche en annonçant sa candidature. « Je serai clivant avec les uns et […] rassembleur avec le peuple », a-t-il tranché. Pour Jean-Yves Dormagen, Jean-Luc Mélenchon a « bien compris ce qu'était le clivage déterminant de cette élection, à savoir le clivage identitaire ». Les poussées de colère, plus ou moins feintes, et les sorties jugées antisémites « ont contribué à renforcer l'hostilité de ceux qui étaient déjà hostiles », notamment l'électorat modéré, « qui n'aime pas la radicalité ». « Il est son principal ennemi », complète Adèle Zulfikarpasic en évoquant « une ligne de crête », entre un contexte de désorganisation totale à gauche, et « ses démons qui peuvent le rattraper ».
Un mauvais candidat de 2e tour face au RN
Pour Jean-Luc Mélenchon, le parti lepéniste sera « son adversaire principal » mais il dit « ne pas croire » à la présence du RN au deuxième tour. Et pourtant, un an avant la présidentielle, la totalité des sondages placent l'extrême droite très largement en tête du premier tour, avec des scores supérieurs à 30 %. Mais si lui-même dispose d'« un socle qui est relativement haut », il souffre également d'un « plafond qui est particulièrement bas », détaille Jean-Yves Dormagen. Dit autrement, étude après étude, il est « détesté » par une majorité de Français. « Il est celui qui suscite le taux d'insatisfaction le plus fort, avec plus de 80 % des Français qui seraient mécontents qu'il soit élu », analyse Adèle Zulfikarpasic. Si les portes du second tour sont franchissables, « c'est le plus mauvais candidat pour battre l'extrême droite » en cas de duel, abonde Rémi Lefebvre. « Évidemment, c'est une arme anti-Mélenchon ».



