Une France du travail fracturée
Dans un contexte économique incertain et sans budget définitif, le monde du travail français apparaît plus que jamais fragmenté. Jean Pralong, professeur de gestion des ressources humaines et auteur de la troisième édition du baromètre du rapport au travail, intitulé « Les voies de l’adaptation », réalisé par l’EM Normandie et Actual Group en partenariat avec Le Point, dresse un constat sans appel : la moyenne ne veut plus rien dire. La population active est désormais coupée en groupes sociaux aux aspirations et aux réalités très divergentes.
Une employabilité en berne malgré des investissements massifs
L’étude poette surtout une tendance alarmante : la baisse de l’employabilité de ceux qui n’ont pas accès à la formation. Alors que des sommes considérables sont investies dans la formation professionnelle, un cercle vicieux s’installe. Les travailleurs non formés perdent à la fois leurs compétences et leur confiance, ce qui les éloigne encore davantage du marché du travail. Ce phénomène creuse les écarts entre deux catégories de salariés : d’un côté, ceux qui sont tentés par l’autonomie et la flexibilité, et de l’autre, ceux qui recherchent avant tout la sécurité et la stabilité.
Des aspirations contradictoires
Le baromètre met en lumière cette opposition croissante. D’un côté, des travailleurs aspirent à plus d’indépendance, de sens et de contrôle sur leur activité, souvent prêts à quitter le salariat traditionnel. De l’autre, une partie des salariés, fragilisés par les mutations économiques, plébiscitent la protection et la prévisibilité qu’offre encore l’emploi salarié classique. Cette dualité complique les politiques de ressources humaines et les stratégies d’entreprise.
Un appel à repenser la formation
Pour Jean Pralong, ces résultats doivent alerter sur l’efficacité des dispositifs de formation actuels. Malgré des budgets en hausse, les efforts ne profitent pas à tous de manière équitable. Il devient urgent de repenser l’accès à la formation tout au long de la vie, afin d’éviter que ne se creuse encore davantage le fossé entre les travailleurs qualifiés et ceux qui restent sur le bord du chemin. L’enjeu est autant économique que social : sans une employabilité renforcée pour tous, c’est la cohésion même du marché du travail qui est menacée.



