Une amitié transatlantique mise à rude épreuve
Les propos prononcés par Donald Trump ce mardi 14 avril 2026 contrastent radicalement avec les sourires et les poignées de main chaleureuses échangées un an plus tôt dans le bureau Ovale. Interrogé par la correspondante à New York du Corriere della Sera, le président américain a sévèrement critiqué la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, pour avoir refusé d'engager son pays dans la guerre en Iran, conflit qui a éclaté le 28 février dernier.
Des déclarations choquantes et personnelles
"Est-ce qu'ils apprécient le fait que votre présidente ne nous aide pas à obtenir ce pétrole ? Est-ce que ça leur plaît ? Je n'arrive pas à l'imaginer. Je suis sous le choc. Je pensais qu'elle avait du courage, mais je me suis trompé", a déclaré Donald Trump dans cette interview exclusive au quotidien italien. Ces mots tranchent avec les éloges qu'il formulait encore début mars 2026, qualifiant alors Giorgia Meloni de "grande dirigeante" et d'"amie" précieuse.
Un désaccord profond sur la stratégie iranienne
Embourbé dans un conflit prolongé avec l'Iran et disposant de peu d'alliés en dehors d'Israël, le président américain a choisi d'employer une rhétorique particulièrement dure à l'encontre de la dirigeante italienne. "Elle ne veut pas contribuer à empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire. C'est très triste... Elle est bien différente de ce que je pensais", a poursuivi Trump. Il a même ajouté que Giorgia Meloni n'était "plus la même personne" et que l'Italie n'était "plus le même pays", pointant du doigt l'immigration comme un facteur destructeur.
Des tensions concrètes et diplomatiques
Les relations s'étaient déjà détériorées début avril lorsque plusieurs bombardiers américains transportant des armes destinées au Moyen-Orient n'ont pas obtenu l'autorisation d'atterrir sur la base sicilienne de Sigonella. Donald Trump a également révélé qu'il n'avait pas échangé avec la présidente du Conseil italien "depuis longtemps", précisant : "Elle ne nous aide pas avec l'Otan". Le même jour, Giorgia Meloni a annoncé la suspension du renouvellement automatique de l'accord de défense liant l'Italie à Israël, sous pression de l'opposition.
La polémique religieuse s'ajoute au différend politique
Ces critiques interviennent quelques jours après une violente diatribe de Donald Trump contre le pape Léon XIV, qui avait prononcé une allocution contre la guerre. Le président américain avait accusé le souverain pontife d'être "faible sur le crime" et "les armes nucléaires", provoquant un tollé parmi les catholiques américains et italiens. Giorgia Meloni a fermement réagi : "Je trouve inacceptables les paroles du président Trump à l'égard du Saint-Père. Le pape est le chef de l'Église catholique, et il est juste et normal qu'il invoque la paix".
Un soutien national unanime pour Meloni
Face aux attaques de Donald Trump, la dirigeante italienne a reçu un soutien transversal dans son pays. Le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani a affirmé sur X : "Nous sommes et restons de fervents partisans de l'unité de l'Occident et de solides alliés des États-Unis, mais cette unité se construit avec une loyauté, un respect et une franchise réciproques". Elly Schlein, cheffe du Parti démocrate, a également défendu Meloni, soulignant qu'"aucun leader étranger ne peut se permettre d'insulter et menacer notre pays et notre gouvernement".
Une alliance désormais remise en question
Affaiblie par l'échec de son référendum sur la justice et confrontée à la flambée des prix des hydrocarbures, cette brouille avec Donald Trump pourrait paradoxalement servir les intérêts politiques de Giorgia Meloni. Lorenzo Castellani, chercheur à l'université Luiss de Rome, estime que "elle cherchait un moyen de prendre ses distances avec Trump, et cette attaque frontale lui en donne l'occasion". Il ajoute que "les attaques contre le pape et l'incertitude économique ont probablement remis en cause la viabilité d'une alliance avec lui", suggérant que cette relation privilégiée pourrait ne plus être tenable à moyen terme.



