Créée le 9 juin 2026, la plateforme "Classés sans suite" permet aux victimes de violences sexuelles de témoigner anonymement et de dénoncer les dysfonctionnements de la justice en France. En seulement trois jours, plus de 1 600 témoignages ont été déposés, issus de 95 départements français.
Un constat alarmant
En France, 94 % des plaintes pour viol sont classées sans suite, selon une note de l'Institut des politiques publiques d'avril 2024. Ce chiffre résonne particulièrement après la mort de Lyhanna, 11 ans, qui a suscité une vive émotion.
L'initiative d'Ève Simonet
Face à ces dysfonctionnements, la réalisatrice et militante féministe Ève Simonet a créé "Classés sans suite". Elle-même victime d'inceste entre 4 et 6 ans, sa plainte a été classée sans suite en 2001. "Lyhanna, c'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase", confie-t-elle à RMC.
Une archive numérique
La plateforme recueille des témoignages anonymes de victimes et de leurs proches, qu'ils aient déposé plainte ou non, que l'affaire soit classée sans suite, en cours ou prescrite. "On prend tout, on archive et on rend visible ce qu'ils ne veulent pas voir", explique Ève Simonet.
En 72 heures, le site a enregistré plus de 56 000 connexions, sans être indexé sur Google, uniquement via le bouche-à-oreille.
Des témoignages poignants
Sur la page d'accueil, les récits s'enchaînent. Une victime raconte : "J'ai été violée à 18 ans. J'ai vécu mon dépôt de plainte comme une seconde agression : la police ne m'a pas crue et m'a traitée de menteuse." Une autre écrit : "Grand-père incestueux pendant des années, plainte classée sans suite faute de preuves. Nous avions entre 7 et 11 ans."
Un nombre de victimes sous-estimé
Ève Simonet espère que l'accumulation de témoignages révélera l'ampleur réelle des violences : "Peut-être qu'on verra que ce n'est pas 60 000 enfants victimes chaque année mais 500 000." Le site autorise la nomination des personnes mises en cause, sous la responsabilité des témoins.



