Crise au Moyen-Orient bouleverse la visite de Macron au Japon : focus sur Ormuz
Macron au Japon : agenda bouleversé par la crise au Moyen-Orient

La visite présidentielle française au Japon recentrée sur les urgences géopolitiques

Alors que les équipes diplomatiques finalisaient un programme riche en dimensions géostratégiques, économiques et culturelles pour le déplacement du couple Macron dans l'archipel nippon, un événement majeur est venu bouleverser l'agenda. Une source diplomatique française au Japon souligne qu'au moment des préparatifs, l'Iran n'avait pas encore subi de bombardements. Cependant, la situation a radicalement changé, et les médias japonais, comme la chaîne NHK, l'ont bien compris : l'entretien du 1er avril entre le président français et la Première ministre Sanae Takaichi, fraîchement revenue d'un sommet à Washington, sera largement dominé par la crise au Moyen-Orient.

L'urgence économique : le détroit d'Ornuz au cœur des préoccupations

La quasi-fermeture du détroit d'Ornuz constitue une conséquence directe et particulièrement alarmante de cette crise. Pour le Japon, dont plus de 90% des importations pétrolières proviennent du Moyen-Orient et transitent traditionnellement par ce passage maritime stratégique, l'enjeu est économique vital. Face à cette menace, Sanae Takaichi a réagi avec célérité en annonçant le déblocage de réserves stratégiques de pétrole brut. L'objectif est double : limiter la flambée des prix à la pompe et prévenir un vent de panique parmi les entreprises et les consommateurs japonais.

Dans ce contexte de tension extrême, le Japon considère la France comme un partenaire de première importance, et cette perception est réciproque. Toutefois, les postures vis-à-vis de Washington diffèrent, le ton français étant généralement plus franc. La Première ministre japonaise, très prudente pour ne pas critiquer l'ancien président américain Donald Trump – au grand dam de l'opposition de gauche –, a selon Minoru Kihara, secrétaire général du gouvernement, « établi une relation de très grande confiance avec le président américain ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le Japon en équilibriste sur la scène internationale

Le pays du Soleil-Levant aspire à jouer un rôle de trait d'union entre l'Occident et les États-Unis, tout en endossant le costume de conciliateur en Asie. Lors de sa récente visite à Washington, bien qu'elle ait loué « Donald, le seul qui puisse obtenir la paix », Sanae Takaichi multiplie depuis les contacts avec les dirigeants asiatiques. Elle a rencontré le président indonésien le 31 mars et téléphoné à ses homologues des Philippines et de Malaisie. Son but : les inciter à rejoindre, aux côtés du Japon et de la France, une coalition de pays prêts à sécuriser la circulation maritime dans le détroit d'Ornuz dès que la situation le permettra.

Cette position d'équilibriste est délicate. Bien que Téhéran, avec qui Tokyo entretient historiquement de bonnes relations, assure que les navires à destination du Japon peuvent franchir le détroit, le gouvernement nippon refuse de profiter seul de cette faveur, comme l'explique son ministre des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi. Il est hors de question de se désolidariser des autres nations, et surtout, il faut éviter à tout prix de sembler prendre ses distances avec Washington. « Créer une brèche dans les relations entre le Japon et les États-Unis, c'est la grande ambition de la Chine », rappelle un proche de la Première ministre, soulignant la nécessité d'une unité de façade entre Tokyo et Washington.

Une ambition diplomatique renouvelée

Sanae Takaichi, qui avait provoqué une grave crise sino-japonaise en évoquant une possible invasion de Taïwan par l'armée chinoise, cherche à démontrer à son puissant voisin que le Japon compte de nouveau sur la scène internationale. Si Xi Jinping a reçu plusieurs chefs d'État ces derniers mois, le Japon aussi accueille des visites de prestige. Emmanuel Macron, qui n'est pas en mauvais termes avec Pékin, représente un atout dans cette compétition diplomatique.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Jugeant que les trois Premiers ministres qui se sont succédé après le départ de Shinzo Abe en 2020 n'ont pas brillé internationalement, Sanae Takaichi entend « rétablir la diplomatie japonaise au centre du monde ». Son premier objectif, selon le ministre des Affaires étrangères, est « la stabilité via la doctrine établie il y a dix ans par Shinzo Abe, une zone indo-pacifique libre et ouverte ». Le partenariat avec la France est ici mis en avant pour illustrer que le Japon n'est pas seulement l'allié des États-Unis. Le pays insiste désormais sur la tenue d'exercices militaires conjoints avec d'autres nations, auxquels la presse étrangère est conviée.

Renforcement de la coopération franco-japonaise

« Le fait d'accentuer notre coopération avec la France et de le faire savoir publiquement à l'intérieur et à l'extérieur contribue à renforcer la dissuasion », confiait il y a quelques mois un commandant de l'armée japonaise ayant participé aux manœuvres conjointes fin 2024. Du côté de l'Élysée, on souligne également que « la coopération bilatérale en matière de sécurité et de défense s'est significativement renforcée ces dernières années » et que « le Japon est un des partenaires privilégiés de la France en Indo-pacifique pour la contribution à la paix et la stabilité stratégique de la région ». Des déclarations qui réjouissent Tokyo.

Un agenda culturel et économique maintenu

Malgré le contexte géopolitique tendu, le volet culturel de la visite n'est pas abandonné. Emmanuel et Brigitte Macron, qui déjeuneront avec le couple impérial, rencontreront également des acteurs du monde du manga et de la culture, ainsi que le Trésor national vivant Kunihiko Moriguchi, maître de la technique de peinture sur kimono « yuzen ». Le président est accompagné d'une délégation ministérielle composée de la ministre des Armées Catherine Vautrin, du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, et du ministre de l'Économie et des Finances Roland Lescure. Une importante délégation de dirigeants d'entreprises est aussi du voyage, avec des entretiens économiques prévus autour de l'innovation et de l'intelligence artificielle.

Coopérations de longue date et défis persistants

La France et le Japon mettent en avant des coopérations de très longue date dans le domaine de l'énergie nucléaire civile, notamment sur la maîtrise du cycle du combustible. Cependant, si Orano (anciennement Areva) peut se féliciter d'avoir fourni services et technologies de retraitement au Japon, l'usine de Rokkasho, mise en chantier en 1993, n'a toujours pas démarré en raison de problèmes technologiques japonais. Dans le spatial, autre domaine de coopération, le Japon connaît une malchance persistante : ses ambitions butent depuis trois ans sur des échecs de lanceurs à répétition.