En amont du vote du budget de l'Agglomération de Saintes Grandes Rives, l'opposition a interpellé le président Bruno Drapron sur la taxe Gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations (Gemapi), qu'elle estime sous-exploitée. La situation budgétaire se dégrade, comme l'a souligné Philippe Callaud, vice-président chargé des finances : « Les budgets sont de plus en plus tendus. Ne pas être endetté est un atout majeur. Ces deux millions d'euros de plus au chapitre 12 ne sont pas des augmentations de salaires, mais dus aux décisions exogènes de l'État. »
Des réserves épuisées selon l'opposition
Le conseiller communautaire d'opposition Ludovic Norigeon a saisi la balle au bond : « En début du mandat précédent, on nous expliquait qu'il existait des réserves confortables et qu'il fallait les mobiliser avant que l'État ne s'en empare. Aujourd'hui, de bas de laine, il n'y a plus. » Il a pointé la « pirouette » de la majorité qui désigne les facteurs exogènes comme cause de l'érosion budgétaire. « Cela touche tout le monde, chaque maire doit anticiper, arbitrer, protéger ses marges de manœuvre et préparer l'avenir. Nous serons vigilants face à la tentation de régler ces difficultés par des coupes sombres dans les projets structurants ou les ressources humaines. »
La taxe Gemapi au cœur du débat
L'élu socialiste a ensuite posé la question de l'usage de la taxe Gemapi, instaurée en 2018 et plafonnée à 40 euros par habitant. C'est à l'Établissement public de coopération intercommunale (EPCI) de déterminer le produit de la taxe. « On a la compétence, l'outil juridique, le levier financier et le besoin concret sur le territoire, pourtant nous restons sur un montant de 275 000 euros, soit 4 à 5 euros par habitant », a insisté Ludovic Norigeon. Il a comparé avec les collectivités voisines : les Vals de Saintonge collectent 500 000 euros (environ 10 euros par habitant), la Communauté d'agglomération Royan Atlantique un peu plus de 2 millions d'euros (29 euros par habitant), et Rochefort Océan 1,3 million d'euros.
« Chez nous, cette enveloppe demeure figée alors que nous sommes pleinement exposés », a-t-il développé. « Trois inondations en cinq ans, des assurances qui se retirent ou renchérissent fortement leurs garanties avec le risque sur le modèle catastrophe naturelle. Nous avons alerté. Pourquoi ne pas utiliser pleinement cette possibilité dans le budget ? »
La position du président : économies avant impôts
Bruno Drapron a expliqué sa position : « Une Agglo qui va bien, c'est une Agglo qui investit. Ne pas investir serait une mauvaise idée. Thésauriser aussi, car l'État regarde vos comptes, diminue vos finances et sabre dans vos dotations. » Il est revenu sur les faits de la mandature précédente, notamment la « déprécarisation de 110 agents, un choix politique avec des coûts ». Il a souligné la difficulté de prévoir certains événements, comme la guerre en Iran qui a engendré 110 000 euros de charges supplémentaires.
« La facilité, c'est d'augmenter l'impôt. Pour nous, le constat est autre. D'abord regarder comment on peut faire des économies, avant d'aller chercher des recettes nouvelles avec l'impôt », a-t-il affirmé. Bruno Drapron a reconnu partager une grande partie des propos de son opposant, mais a nuancé : « Sauf que l'on ne peut pas faire ce que l'on veut. Ce que l'on peut faire, c'est désenvaser la Charente, et on a vu le résultat à Saint-Savinien, pour un coût de 4 millions d'euros avec un résultat franchement plus que désespérant lors de la gestion de la crue. Aujourd'hui, on encaisse et on ne peut pas en faire grand-chose. »
Appel à une trajectoire politique
Le maire de La Jard, Jérôme Gardelle, a réagi : « Ça m'embête un chouïa de dire qu'avec la Gemapi, on se contente de mettre de l'argent sur un compte. De là à dire que notre territoire n'a pas d'ambition. Si l'Agglo n'a pas la volonté d'impulser des dynamiques vis-à-vis des inondations de la Charente, je ne vois pas qui va le faire. On ne va pas régler la question des crues, mais sur leur intensité et leur fréquence, on peut agir. Nous devons avoir une trajectoire politique. »
Le président a rétorqué : « C'est tellement compliqué d'utiliser la Gemapi que cela ne sert à rien. » Il n'ira pas jusqu'à supprimer la taxe, mais se vante des initiatives « maison » comme les Ateliers du territoire, le travail sur les parkings Mendès-France et de l'abbaye, et la visite du ministre. « J'aimerais que le législateur rende l'utilisation de cette taxe plus souple », a-t-il conclu.



