Dans le 20e arrondissement de Paris, un ciel gris et une pluie continue accompagnent les centaines de motivés qui attendent, parapluies en main, devant l’entrée de La Bellevilloise. Les défenseurs de l’initiative « Front populaire 2027 » se sont réunis ce mardi soir dans cette salle pour tenter de maintenir l’idée d’une primaire de la gauche non-mélenchoniste, afin de désigner un candidat commun pour la prochaine présidentielle. Mais entre la candidature tonitruante de Jean-Luc Mélenchon deux jours plus tôt, les tergiversations socialistes et le refus de Raphaël Glucksmann (Place Publique), le processus semble aujourd’hui dans l’impasse, au grand dam des militants.
Unité : les espoirs des militants
« Il n’y a pas de fatalité », affirment plusieurs participants. Lucie Castets, Clémentine Autain, François Ruffin, Marine Tondelier et d’autres partisans de l’union de la gauche ont été accueillis par des applaudissements et les cris « Unité ! Unité ! » lancés par les militants. Le patron du PS, Olivier Faure, était également présent, malgré les pressions internes de ses opposants qui tentent d’enterrer le processus. « Il y a des débats au PS sur le processus pour faire l’unité ou sur le périmètre, mais ce qui compte, c’est qu’à la fin la gauche soit unie. Nous sommes tous d’accord pour faire revivre la gauche plurielle », estime Maximilien, 21 ans, membre des Jeunes Socialistes, au discours déjà bien rodé. Un peu plus loin, un groupe d’écologistes se montre également optimiste.
« Évidemment qu’on y croit, sinon on ne serait pas là. Il n’y a pas de fatalité, et les sondages montrent que les électeurs de gauche veulent l’unité », tranche Cécile. Selon une enquête Ipsos publiée le 31 mars dernier, 82 % des sympathisants de gauche se disent favorables à l’organisation d’une primaire. « On ne veut pas du match Glucksmann-Mélenchon à gauche. C’est pour ça qu’on est là, on veut l’union de la gauche », ajoute Eric, élu écologiste du 20e arrondissement. « Quand la gauche est unie, elle gagne. On l’a vu avec Emmanuel Grégoire à Paris », renchérit Frédéric, élu du 18e arrondissement.
Les doutes persistent
Mais Paris n’est pas la France, et l’élection présidentielle est bien différente des scrutins municipaux. D’autres militants sont d’humeur maussade et ne croient plus vraiment aux chances d’union. « L’unité, c’est déjà un peu cuit avec la candidature Mélenchon. Il vaudrait mieux ne pas diviser les voix de gauche, mais elles le sont déjà… Si c’est lui le mieux placé, je voterai pour lui… », soupire Flore. À ses côtés, Aurélia peine aussi à y croire. « Moi, Mélenchon, c’est un personnage que je n’aime pas beaucoup. Ce serait bien que la gauche soit unie, mais ça va être compliqué. On a l’impression que la gauche répète toujours les mêmes erreurs en divisant ses voix… »
Daniel, 74 ans, est également très sceptique. « On est là pour essayer de maintenir le fil ténu de l’union, mais cela semble déjà plié. Aujourd’hui, la dynamique à gauche, c’est LFI. Je ne pense pas que Mélenchon soit le meilleur barrage à l’extrême droite, au contraire. Mais qui d’autre pour incarner l’alternative ? Aujourd’hui, il n’y a personne », soupire l’ancien communiste. Il ajoute en souriant : « Ce soir, pour l’unité, c’est le début de la remontada ou le baroud d’honneur. »



