Carine Papy, l'ex-élue LR devenue première adjointe RN à Cagnes-sur-Mer
Carine Papy, première adjointe RN à Cagnes-sur-Mer

Rien n'a changé… ou presque. Six mois après avoir été évincée de la mairie de Cagnes-sur-Mer, Carine Papy reprend ses marques et son bureau. De persona non grata, elle revient en grâce, promue première adjointe du nouveau maire, Bryan Masson, issu du Rassemblement national. Celui-ci, jeune premier prometteur, a été rallié par Carine Papy en pleine campagne municipale, alors qu'il était encore député RN de la sixième circonscription. Désavouée par l'ancien édile Louis Nègre, dont elle avait intégré le conseil municipal en 2020, elle a traversé le désert jusqu'à parfaire la communion des droites extrêmes.

« On m'a fait payer ma fidélité à Éric Ciotti », lâche celle qui fut taxée d'infidèle après avoir quitté Les Républicains et fait sauter leur « cordon sanitaire » au profit de l'Union des Droites pour la République. « J'y ai pris ma carte dès 2024. Même si je n'ai fait aucun calcul politique, au final, ça s'est avéré payant », se réjouit le bras droit de l'exécutif. En charge de la coordination des politiques publiques, elle s'engage à faire le lien entre les vieux élus, qui ont aussi tourné le dos à Louis Nègre, et la jeune équipe, garde rapprochée de l'ex-parlementaire.

Un parcours entre Paris, New York et la Côte d'Azur

Née à Vincennes en 1975, Carine Papy se découvre une passion précoce pour la vie de la cité. À peine âgée de 20 ans, elle pense rejoindre une liste RPR contre un maire PS de la région parisienne. « Mais ma mère était à la comptabilité de l'hôtel de ville. Mes parents m'ont dissuadée. » Ce n'est que partie remise : elle s'inscrit en sciences politiques à la Sorbonne, puis file à New York via un programme onusien. « On proposait aux pays sous-développés d'effacer une partie de leur dette si, en échange, ils protégeaient l'environnement et devenaient autonomes sur le plan alimentaire », explique-t-elle.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Entre 1998 et 2001, la jeune femme croque à pleines dents la Grosse Pomme, succombant aux charmes du capitalisme à l'américaine. « C'est ultra-compétitif et donc très stimulant. Ce qui fait que tout est possible si tu travailles dur. If you can make it in New York, you can make it anywhere », continue-t-elle de prôner deux décennies plus tard. Pour cause, « j'ai toujours gardé cette hyperactivité. Le travail, c'est toute ma vie, c'est le bonheur. » Jusqu'à dire qu'il rend libre ? « Bien sûr, c'est une valeur essentielle. Il faudrait d'ailleurs permettre de travailler plus pour gagner plus. »

De la syndicaliste patronale à l'élue locale

Carine Papy fut secrétaire générale de l'Union des entreprises de proximité 06 entre 2007 et 2020, syndicat patronal pour lequel elle est encore chargée de mission. « C'était beaucoup de lobbying, la politique n'était jamais loin. » Restait à sauter le pas, ce qu'elle fit lors du cinquième mandat de Louis Nègre. « Cela faisait une dizaine d'années que je m'étais installée sur la Côte d'Azur, où j'ai des attaches familiales à Vallauris et Antibes. Ma fille unique avait 14 ans, elle m'a autorisée à aller plus loin dans mon engagement. » Sa candidature retenue, elle cravache tant à la mairie qu'au Département, où elle devient vice-présidente sous le patronage d'Éric Ciotti, « un homme rigoureux ».

Le grand écart tiendra jusqu'en septembre 2025, lorsqu'elle eut l'outrecuidance d'annoncer son soutien au candidat à la mairie de Nice. Ligne rouge pour Louis Nègre : on ne s'affilie pas avec le grand rival de Christian Estrosi. La rupture, à l'amiable, était inévitable. « Pourtant, mon amitié avec Eric était un secret de Polichinelle. Je n'ai jamais changé de crémerie. Déjà en juin 2024, avant l'officialisation de son ralliement au RN lors du JT de TF1, je lui ai envoyé un message de soutien, sans savoir ce qu'il allait annoncer », se défend la désavouée.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Critiques et soutiens

Au Département, elle est accusée d'avoir « livré le conseil aux supplétifs de Madame Le Pen ». « L'Histoire jugera », avait asséné Joseph Segura, maire de Saint-Laurent-du-Var, alors à la tête du groupe « estrosiste ». À Cagnes, aussi, les langues se sont déliées. « LR un jour, UDR un autre jour, RN demain ? », avait flairé l'opposant Philippe Touzeau-Menoni. « Surprenant vu son implication dans l'ancienne équipe. Comment l'imaginer première adjointe de Masson ? », interroge-t-on dans l'entourage du maire déchu. « Malgré les critiques, Louis Nègre a été un bon gestionnaire. Mais il fallait du sang neuf et réaliser l'union des droites. Ce n'est pas une bête noire, il faut vivre avec son temps », réplique la ciottiste au cœur de l'appareil RN. « Elle est les yeux et les oreilles de son maître », murmure un opposant.

« J'ai choisi Carine parce qu'elle a une grande connaissance du Département et qu'elle était investie en mairie », défendait Bryan Masson peu après son investiture. « Nous nous faisons confiance et je sais sa proximité avec Éric Ciotti. C'est la garantie d'une coopération gagnant-gagnant avec la Métropole. »

Une libérale alliée aux nationalistes

Mais l'attelage RN-UDR ira-t-il bien loin ? « La politique locale ne s'inquiète pas des divergences nationales. Nous sommes les premiers en France à montrer que ça marche », balaye l'élue. Jusqu'à la dissolution de l'Assemblée ou l'élection présidentielle, dans un an... « Nos points communs seront plus forts », espère celle qui veut « maximiser la sécurité, fermer les frontières, expulser les clandestins, interdire le voile dans le sport, alourdir les peines de prison ». Sur la « défense de l'identité française », elle va plus loin en estimant qu'il faut « tendre la main à Eric Zemmour ».

Reste à combler le fossé qui sépare les visions économiques. Quand le RN déploie une rhétorique anti-élite, l'UDR campe sa proximité avec le patronat. Dans la lignée libérale de son parti, Carine Papy en appelle « à baisser en urgence les impôts. C'est notre ADN. » Bien que la théorie du ruissellement soit démentie par nombre d'économistes, elle considère que « moins il y a de charges sociales, plus les entrepreneurs embaucheront et mieux ils paieront leurs employés. » À la taxation des superprofits voulue par la gauche, « une hérésie », elle préfère la « chasse à la fraude sociale pour mettre fin à l'assistanat. Il faut aussi avoir le courage de plafonner les aides sociales, de couper des subventions. » Jusqu'à abolir l'État social né aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale ? « Pour moi, faire du social, c'est aussi redonner du pouvoir d'achat en prélevant moins d'argent public. » Le « rêve américain » made in France.