La Grande Alliance n’a certes pu éviter toutes les horreurs du nazisme, mais a empêché Hitler de s’installer en maître de l’Europe. Une Europe qui aurait pu tomber entre les mains de Staline. Au jeu du plus rusé entre Staline, Churchill et Roosevelt, la partie s’annonce serrée. De ces trois personnages qui ont façonné l’histoire du monde, le maître du Kremlin apparaît le plus retors, à l’aune de la lecture de la Seconde Guerre mondiale et de l’analyse de Giles Milton dans son livre « L’Affaire Staline ».
L’Anglais Giles Milton est spécialiste de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, tout avait plutôt mal commencé pour « Oncle Jo » (Joseph Staline), une fois que Hitler a foulé des pieds le pacte germano-soviétique et s’est cru assez puissant pour envahir l’URSS. Il convient alors de lire attentivement le sous-titre de l’ouvrage – fourni, détaillé et parsemé d’archives déclassifiées – de l’historien et écrivain anglais : « L’impossible alliance qui a permis de vaincre Hitler ».
Le jeu de dupes des grandes puissances
Le lecteur se voit plongé dans les coulisses d’un jeu de dupes où les masques tombent une fois achevés les interminables réceptions, banquets et autres festivités laissant les convives, non pas sur leur faim ni leur soif, mais sur des accords qu’aucun dirigeant ne respecte à la lettre. Pis, chacun interprète à sa guise les esquisses de compromis, personne ne voulant perdre la face au regard de son camp. Dans ces coulisses, il convient d’apprécier le rôle des ambassadeurs et diplomates : le millionnaire William Averell Harriman, en charge du programme américain Prêt-Bail, son essayiste de fille Kathy, le séducteur et agaçant Britannique Archie Clark Kerr, les Soviétiques Ivan Maïski ou Viatcheslav Molotov, pour ne citer qu’eux.
Oncle Jo, l’homme d’acier
Giles Milton ne cache rien des défauts et manies des trois grands. Le portrait de Staline est cruel, sans merci et… parfois élogieux. L’ambassadeur britannique en URSS, Stafford Cripps, décrit « le leader soviétique comme étroit d’esprit et introverti, un gangster sans scrupule qui avait passé sa jeunesse à se livrer à des activités criminelles […] Emprisonné puis exilé en Sibérie, Staline – « homme d’acier » en russe – avait été libéré à la révolution de 1917 ». Si Joseph Staline assurait que « la liberté d’expression était la plus grande faiblesse des démocraties », le monstre sanguinaire, notamment envers son peuple, s’avérait brillant dans ses analyses et se montrait même cultivé.
Un stratège redoutable
Véritable joueur d’échecs, l’homme accordait peu de place au hasard. Lors de la première rencontre commune des trois grands, fin 1943 en Iran, à la Conférence de Téhéran, « Staline a impressionné tout le monde […] Il assénait les coups, implacable, indifférent aux esquives et aux feintes de ses adversaires expérimentés. Il ne pratiquait pas le lyrisme de Churchill, ne se perdait jamais dans les digressions décousues de Roosevelt ». Chacun, déjà, de s’inquiéter, une fois la guerre terminée, de l’ambitieuse emprise de Staline sur l’Europe.
Le programme Prêt-Bail (Lend-Lease) est le programme d’armement financé par les États-Unis de 50,1 milliards de dollars américains : Royaume-Uni 31,4, Union soviétique 11,3 et France 3,2. « L’Affaire Staline », de Giles Milton, traduit de l’anglais par Florence Hertz et Véronique Patte, éd. Noir sur Blanc, 432 p., 25 €.



