Le Portugal, une exception politique en Europe
Presque une exception en Europe, le Portugal vient de virer politiquement à gauche avec la large victoire, dimanche, du socialiste António José Seguro à la présidence de la République. Ce résultat marque un contraste frappant avec la tendance générale du continent, qui vote de plus en plus à droite et à l'extrême droite. Le Premier ministre Luís Montenegro, à la tête d'un gouvernement rassemblant le Parti social-démocrate (libéral conservateur) et le Parti populaire (droite chrétienne-démocrate) depuis bientôt deux ans, a assuré qu'il ne sera pas difficile pour nous de bâtir un rapport de coopération avec le nouveau chef d'État.
Pourquoi le Portugal devient-il une singularité en Europe ?
Alors que l'Europe compte un petit nombre de gouvernements dirigés par des forces de gauche ou de centre gauche en 2026, souvent en coalitions minoritaires, le Portugal se distingue par cette victoire présidentielle. Cette situation interroge sur les dynamiques politiques spécifiques au pays, où les électeurs ont opté pour une orientation différente de celle observée dans de nombreuses autres nations européennes.
Les autres pays européens dirigés par la gauche ou le centre gauche
En Espagne, Pedro Sánchez dirige un gouvernement de coalition minoritaire entre le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et Sumar (gauche unie). Malgré une croissance économique solide, le gouvernement fait face à une usure, avec une absence de budget depuis 2023, et des défaites locales récentes, comme en Aragon ce dimanche.
Le Danemark est dirigé par un gouvernement de coalition centriste incluant des forces de centre gauche, avec à sa tête la Première ministre Mette Frederiksen (sociaux-démocrates). Ce gouvernement associe les sociaux-démocrates (centre gauche traditionnel), Venstre (libéraux de centre droit) et les Modérés (centristes), une alliance inédite depuis 1979. Des élections législatives sont prévues courant 2026.
Malte est dirigée par le Premier ministre Robert Abela du Parti travailliste (PL), en poste depuis 2020, reconduit après les élections législatives de mars 2022. Il bénéficie d'une majorité absolue stable, offrant un pouvoir solide dans un contexte européen souvent fragmenté.
Des coalitions fragiles en Slovénie et en Islande
La Slovénie est dirigée par un gouvernement de centre gauche dirigé par Robert Golob, réunissant le Mouvement Liberté (centre gauche libéral), les Sociaux-Démocrates et Levica (gauche radicale). Cette coalition détient une courte majorité parlementaire (53 sièges sur 90), et est marquée par des tensions internes et une popularité en baisse face à l'opposition de droite. Des élections législatives anticipées sont prévues le 22 mars 2026.
Membre de l'espace Schengen mais pas de l'Union européenne, l'Islande est dirigée par une coalition de centre gauche à centre droit. Le gouvernement Frostadóttir, formé le 21 décembre 2024 après des élections anticipées du 30 novembre, est dirigé par la Première ministre Kristrún Frostadóttir (Alliance sociale démocrate, Samfylkingin, centre gauche). Il réunit trois partis : l'Alliance (social-démocrate), le Parti de la Réforme (libéraux centre droit pro-UE) et le Parti du Peuple (social populiste, centre gauche).
Le cas particulier du Royaume-Uni
Enfin, le Royaume-Uni, qui a quitté l'Union européenne en janvier 2020, est dirigé par un gouvernement travailliste (centre gauche) sous Keir Starmer, en poste depuis juillet 2024. Le gouvernement fait face à une impopularité croissante due au scandale Epstein-Mandelson, du nom de l'ancien commissaire européen britannique Peter Mandelson, accusé d'avoir transmis des éléments confidentiels à Jeffrey Epstein. L'exécutif est aussi critiqué pour ses coupes budgétaires, un manque de croissance et la montée de Reform UK de Nigel Farage. Les élections locales prévues en mai 2026 s'annoncent critiques pour le parti travailliste.
En résumé, le Portugal rejoint ainsi un cercle restreint de nations européennes où la gauche ou le centre gauche maintient une présence au pouvoir, malgré la tendance générale à droite. Cette configuration politique souligne la diversité des paysages électoraux en Europe, où chaque pays suit ses propres dynamiques internes tout en étant influencé par des courants continentaux plus larges.