L'illusion de 1979 : quand la gauche a encensé Khomeini
En 1979, au nom d'un romantisme révolutionnaire souvent trompeur, une partie significative de l'intelligentsia de gauche a cru discerner dans l'ayatollah Khomeini et le renversement du shah d'Iran l'émergence potentielle d'un régime anti-colonialiste et anti-impérialiste. Cette vision idéalisée a conduit à soutenir l'alliance avec les islamistes, persuadée qu'ils ne représentaient qu'une force transitoire dans le processus révolutionnaire. Lourde erreur historique, car l'islam politique n'a pas été un simple compagnon de route, mais le cœur même du projet théocratique qui se mettait en place.
La construction méthodique d'un régime totalitaire
La République islamique d'Iran, bénéficiant également de la passivité des puissances occidentales, s'est édifiée de manière systématique. Elle a éliminé ses anciens alliés, écrasé la gauche et les démocrates, pris le contrôle des institutions et verrouillé l'État autour d'un noyau religieux et violent. En 1989, alors que le mur de Berlin s'effondrait et que l'histoire semblait s'ouvrir à la démocratie, Téhéran lançait la fatwa contre Salman Rushdie. Cet acte a servi de fondement à l'islamisme mondialisé, proclamant que la loi religieuse pouvait s'imposer partout, au-dessus des États et des libertés individuelles.
Depuis lors, l'Iran n'a cessé de perfectionner ce modèle, mêlant une vision apocalyptique, un antisémitisme virulent, une répression interne féroce et une projection idéologique externe agressive. Cela a conduit le pays à devenir l'un des pôles centraux de l'islamisme contemporain, avec une influence déstabilisatrice à l'échelle mondiale.
L'exportation de la violence par des proxys armés
La stratégie iranienne s'est étendue grâce au recours systématique à des proxys armés, permettant au régime d'exporter la violence et de déstabiliser des États entiers. L'Iran finance et arme activement des groupes tels que le Hezbollah au Liban, les milices chiites en Irak, les Houthis au Yémen, ainsi que le Hamas et d'autres factions palestiniennes. Jusqu'au bout, il a soutenu le régime sanguinaire de Bachar el-Assad en Syrie.
Ses réseaux ont été impliqués dans de nombreuses attaques contre des intérêts occidentaux dans la région, incluant des enlèvements et des attentats contre des cibles françaises et américaines au Liban. Au-delà du Moyen-Orient, l'Iran a commandité une série d'attentats à la bombe à Paris entre 1985 et 1986, et continue d'assassiner des opposants iraniens à travers le monde. Le régime soutient également Vladimir Poutine dans sa guerre contre l'Ukraine et cherche obstinément à acquérir l'arme atomique, visant à détruire Israël et à menacer l'Occident.
La répression interne : un peuple sacrifié
Les Iraniens paient leur soulèvement au prix du sang, subissant une répression brutale depuis des années. Récemment, des vidéos macabres ont révélé l'horreur d'un régime qui massacre son propre peuple, sa jeunesse et les femmes avec une violence inouïe. En quarante-huit heures, plus de 30 000 personnes ont été tuées. Des snipers ont tiré sur des manifestants dans des dizaines de villes pour tuer délibérément, tandis que les milices du régime ont envahi les hôpitaux pour empêcher les soins ou achever les blessés, s'attaquant même aux médecins.
De nombreux Iraniens appellent désormais à une intervention extérieure, jugée nécessaire face à une pieuvre étatique façonnée par quarante-sept ans de pouvoir pour résister à toute opposition interne. Une partie de la diaspora iranienne affirme que la chute du régime ne conduirait pas au chaos observé en Irak ou en Libye, soulignant que le peuple iranien, vieux de trois mille ans, est éduqué, cultivé et déterminé à accéder à la liberté, formant une nation constituée et résiliente.
La nécessité d'une pression accrue sur Téhéran
Le régime iranien a prospéré sur nos renoncements, nos aveuglements et notre difficulté à nommer l'ennemi. Il a survécu, s'est renforcé et a diffusé un islamisme politique qui tue ses propres citoyens et sème la terreur dans le monde. Une nouvelle négociation sur le nucléaire ne suffira pas ; elle ne ferait que permettre au régime de gagner du temps. Il est impératif de faire tomber ce régime.
L'inscription tardive mais bienvenue des Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes par l'Union européenne constitue un premier pas, reconnaissant officiellement leur danger pour la sécurité européenne. Cependant, il faut accentuer la pression de manière significative. La fin de la République islamique d'Iran ne représenterait pas seulement un changement de régime historique pour le peuple iranien, mais aussi un choc salutaire, géopolitique et idéologique majeur pour le Moyen-Orient et le monde entier, face à la violence et à l'obscurantisme.