Les bodega boys yéménites de New York face au nouveau décret anti-immigration de Trump
L'administration Trump a instauré, en juin 2025, une nouvelle interdiction d'entrée aux États-Unis visant douze pays, dont le Yémen. Cette décision politique a fragilisé une communauté solidement ancrée dans l'économie new-yorkaise : celle des bodega boys, ces commerçants, pour la plupart yéménites, qui tiennent les épiceries de quartier à New York.
Un lien affectif entre New-Yorkais et leurs bodegas
Les habitants de New York entretiennent un rapport particulièrement affectueux avec ce qu'ils appellent leur bodega – ces supérettes-sandwicheries de proximité omniprésentes dans les rues de la ville. Plus encore, ce lien se noue avec la personne derrière la caisse : leur bodega boy. À Brooklyn aujourd'hui, cette figure emblématique est souvent un homme originaire du Yémen.
Cette réalité était largement méconnue jusqu'à ce qu'un millier d'établissements ferment en 2017 pour protester contre le premier travel ban de Donald Trump, qui ciblait plusieurs pays musulmans dont le Yémen. Cette mobilisation a révélé au grand jour l'importance de cette communauté dans le tissu économique local.
Des commerces familiaux au cœur du rêve américain
Ces bodegas sont généralement gérées par les membres d'une même famille, créant des entreprises qui fonctionnent du matin tôt jusqu'à tard le soir. Derrière les comptoirs, toutes les générations se succèdent, créant une continuité qui dépasse la simple activité commerciale.
D'une échoppe à l'autre se décline ainsi tout le nuancier de l'identité composite de l'exilé, chacun inventant comment s'inscrire dans la mosaïque qui compose New York. En cela, les bodegas new-yorkaises s'apparentent à une véritable expérience du rêve américain : des lieux de passage où les propriétaires passent le plus clair de leur vie, à travailler, manger, dormir, prier, et parfois même danser.
Ces épiceries sont devenues des espaces de vie complets, bien au-delà de leur fonction commerciale initiale. Elles représentent des microcosmes où se jouent les aspirations, les sacrifices et les réussites de ces immigrés yéménites.
Une reconnaissance politique croissante
Zohran Mamdani, maire de New York depuis janvier 2026, n'a cessé de revenir dans ces bodegas au cours de sa campagne électorale, faisant de ces épiceries des lieux incontournables et emblématiques de la vie new-yorkaise. Cette attention politique souligne l'importance symbolique et économique de ces commerces dans le paysage urbain.
Dans la bodega de Mohammad, située dans le quartier de Bedford-Stuyvesant à Brooklyn, comme dans des centaines d'autres établissements similaires, se joue aujourd'hui une bataille pour la survie économique face aux restrictions migratoires. Ces commerçants, qui ont construit leur vie et leur entreprise à New York, se retrouvent fragilisés par des décisions politiques qui menacent leurs liens familiaux et leurs possibilités de développement.
Le nouveau décret de l'administration Trump représente donc un défi majeur pour cette communauté qui a su s'intégrer profondément dans l'économie et la culture new-yorkaise, tout en préservant ses racines yéménites.