La situation en Iran connaît une escalade préoccupante avec une intensification de la répression interne et des tensions diplomatiques persistantes autour du programme nucléaire. Le ministère français des Affaires étrangères a vivement dénoncé lundi les actions du régime iranien, qualifiant ses méthodes de « choix de la répression et de l'intimidation ».
Condamnation de la prix Nobel de la paix
Cette condamnation fait suite à l'annonce de deux peines de prison totalisant sept ans et demi contre Narges Mohammadi, lauréate du prix Nobel de la paix 2023. Cette défenseuse infatigable des droits humains, âgée de 53 ans, avait été arrêtée le 12 décembre à Mashhad, dans le nord-est du pays, avec d'autres militants. Son arrestation est intervenue après qu'elle eut pris la parole lors d'une cérémonie hommage à un avocat retrouvé mort dans des circonstances troubles.
Paris appelle à la libération immédiate de cette figure emblématique de la lutte pour les libertés fondamentales en Iran. La France souligne son engagement constant en faveur du respect des droits humains et déplore la persistance des pratiques répressives du régime iranien.
Vague d'arrestations dans l'opposition
La répression s'est considérablement accentuée ces derniers jours avec l'interpellation de plusieurs personnalités de premier plan de l'opposition iranienne. Selon des médias locaux, cinq figures de la coalition du Front des réformateurs ont été arrêtées depuis dimanche, dont sa cheffe Azar Mansouri, son porte-parole Javad Emam et l'ancien député Ali Shakouri Rad.
Hossein Karoubi, fils de l'opposant historique Mehdi Karoubi, a également été interpellé lundi après avoir été convoqué par le parquet. Son avocat, Mohammad Jalilian, a confirmé cette arrestation auprès de l'agence Fars. Le père de Hossein Karoubi avait lui-même passé de longues années en résidence surveillée avant d'être libéré l'an dernier, illustrant la continuité des méthodes de répression familiale.
Pourparlers nucléaires sous tension
Dans le même temps, les relations entre l'Iran et les États-Unis restent extrêmement tendues malgré la reprise des discussions sur le nucléaire. Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a estimé lundi qu'une « profonde méfiance » persistait entre les deux pays, en dépit des pourparlers engagés la semaine dernière à Oman.
« Nous souhaitons des négociations concrètes pour parvenir à un résultat, à condition que la partie adverse fasse preuve du même sérieux et soit également prête à des négociations constructives », a déclaré M. Araghchi devant des ambassadeurs réunis à Téhéran. Le diplomate a attribué cette méfiance persistante au « comportement des États-Unis ces dernières années ».
Position iranienne sur l'uranium enrichi
L'Iran a fait savoir qu'il était disposé à « diluer » son uranium hautement enrichi si les États-Unis levaient « toutes les sanctions ». Cette déclaration du chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique, Mohammad Eslami, intervient dans un contexte de reprise des discussions avec Washington.
Avant les frappes israélo-américaines sur ses sites nucléaires en juin 2025, l'Iran enrichissait l'uranium à 60%, bien au-delà de la limite de 3,67% autorisée par l'accord nucléaire de 2015, désormais caduc. La dilution de son stock d'uranium lui permettrait d'abaisser ce taux, mais cette proposition reste conditionnée à la levée complète des sanctions internationales.
Appel à la résilience du guide suprême
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a appelé lundi ses compatriotes à faire preuve de « résilience » face aux pressions étrangères, à l'occasion de l'anniversaire de la Révolution islamique. Depuis 1979, « les puissances étrangères ont toujours cherché à rétablir la situation antérieure », a déclaré Ali Khamenei, en référence à l'influence occidentale sous la dynastie Pahlavi.
« La puissance d'une nation ne réside pas tant dans ses missiles et ses avions que dans la volonté et la résilience de son peuple », a souligné le dirigeant, ajoutant : « Montrez-le à nouveau et déjouez les plans de l'ennemi ». Cet appel intervient dans un contexte de tensions croissantes avec les États-Unis et de répression interne accrue.
Mission diplomatique à Oman
Le secrétaire du Conseil de sécurité nationale iranien, Ali Larijani, se rendra mardi à Oman pour discuter des derniers développements des pourparlers avec les Américains. Ce pays du Golfe sert de médiateur entre Téhéran et Washington dans les négociations sur le nucléaire.
À la tête d'une délégation, Ali Larijani « rencontrera de hauts responsables du sultanat d'Oman et discutera des derniers développements régionaux et internationaux, ainsi que de la coopération bilatérale à différents niveaux », selon un communiqué publié sur son compte Telegram. L'Iran et les États-Unis avaient renoué le dialogue vendredi à Oman, pour la première fois depuis la guerre de 12 jours déclenchée en juin par Israël.
Bilan dramatique de la répression
L'ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux États-Unis, a fait état d'un bilan particulièrement lourd de la répression des manifestations en Iran. L'organisation affirme avoir confirmé 6.955 morts, pour la plupart des manifestants, et recensé plus de 51.000 arrestations.
Les autorités iraniennes reconnaissent la mort de milliers de personnes mais affirment que la grande majorité étaient des forces de sécurité ou des passants tués par des « terroristes » agissant pour le compte des États-Unis et d'Israël. Cette version des faits est largement contestée par les organisations de défense des droits humains et la communauté internationale.
Le mouvement de contestation populaire contre la vie chère et le régime iranien, qui s'est diffusé dans tout le pays il y a un mois, a été sévèrement réprimé. La révolte interne s'est doublée d'un pic de tensions avec les États-Unis autour de la question du nucléaire iranien, créant une situation particulièrement complexe et volatile.