Féminicide en Algérie : Oumaïma, 16 ans, tuée par son père, un crime qui révèle les défaillances institutionnelles
Féminicide en Algérie : Oumaïma tuée par son père, défaillances institutionnelles

Féminicide en Algérie : Le meurtre d'Oumaïma, 16 ans, par son père met en lumière les défaillances systémiques

Des cris déchirants, des coups violents, une porte verrouillée, et une scène de crime impensable. Fin janvier, Oumaïma, une adolescente de 16 ans, a été brutalement assassinée par son propre père à coups de fourche dans la maison familiale, située près de la ville de Chlef, à environ 200 kilomètres à l'ouest d'Alger. Selon le témoignage poignant de sa mère, rapporté par la chaîne de télévision privée Essalam TV, le père avait pour habitude de battre sa fille régulièrement.

Une tragédie évitable : L'impuissance face à la violence

Ce jour-là, la mère d'Oumaïma, pensant initialement qu'il s'agissait d'une nouvelle série de violences domestiques similaires à celles déjà endurées, n'a pas immédiatement saisi la gravité extrême de la situation. Cependant, en entendant les cris de sa fille devenir de plus en plus insistants et désespérés, elle a finalement compris qu'un événement anormal et terrifiant se produisait. La mère affirme avoir clairement entendu Oumaïma l'appeler à l'aide dans un ultime effort.

Tentant désespérément d'intervenir, elle s'est retrouvée complètement impuissante face à une porte fermée à clé, la chambre ayant été verrouillée par son mari. Incapable de forcer l'entrée, elle s'est précipitée à l'extérieur pour solliciter l'aide urgente des voisins. Malheureusement, malgré ces efforts, l'intervention est arrivée beaucoup trop tard, laissant Oumaïma sans vie.

La médiatisation et le choc de l'opinion publique

La médiatisation de ce crime horrible a provoqué un choc profond et une indignation généralisée dans l'opinion publique algérienne. Sur sa page Facebook, le mouvement Féminicide Algérie a noté que cet assassinat a été perpétré après que la jeune fille avait, à plusieurs reprises, signalé les violences graves dont elle était victime au quotidien.

Oumaïma n'a pas cessé d'alerter son entourage et son établissement scolaire sur le danger de mort imminent qu'elle affrontait constamment à cause de son agresseur au domicile familial. Elle a même pris la démarche courageuse de déposer une plainte officielle, ajoute Féminicide Algérie. Le collectif soutient fermement qu'il ne s'agit pas d'une simple tragédie familiale isolée, mais d'un crime qui révèle une fois de plus l'échec flagrant des institutions censées protéger les femmes victimes de violence en Algérie.

L'échec institutionnel et la chaîne des responsabilités

Le média Maghreb Emergent s'insurge contre cette situation, soulignant que ce qui choque n'est pas seulement la barbarie du geste, mais la chaîne de décisions – ou d'indécisions – qui l'ont rendu possible. L'alerte existait, le risque était clairement identifié, mais aucune mécanique institutionnelle n'a permis de soustraire une mineure à une autorité parentale devenue mortelle. On a préféré restituer l'enfant à son père plutôt que de la protéger contre lui.

Le collectif Féminicide Algérie énumère une série de douze féminicides survenus entre 2019 et 2025 où des filles ont été tuées par leurs propres pères, précisant de manière alarmante que 37 % des crimes de ce genre sont commis par un ou plusieurs membres de la famille. Dans l'affaire du meurtre d'Oumaïma, le collectif a observé de nombreux messages de solidarité réclamant justice, mais aussi des déclarations, intentionnelles ou non, cherchant à justifier le crime ou à désigner des boucs émissaires.

En réalité, les auteurs de ces crimes et les agresseurs en portent l'entière responsabilité. Le système social patriarcal, ainsi que le système juridique et institutionnel qui banalise la violence, ignore les plaintes et laisse les femmes sans véritable protection, ont également une part de responsabilité, souligne le collectif avec force.

Les réactions des organisations et partis politiques

Pour sa part, la section algérienne d'Amnesty International estime que ce meurtre est un féminicide qui rappelle l'urgence absolue de renforcer la protection des filles et des femmes contre les violences fondées sur le genre en Algérie. L'ONG rappelle que l'État a l'obligation légale et morale de prévenir ces violences, de protéger les personnes en danger et de garantir justice aux victimes, conformément à la Constitution et aux engagements internationaux de l'Algérie.

Renforcer la prévention, améliorer l'accès à des mécanismes de protection efficaces et lutter contre l'impunité sont essentiels pour éviter que de tels drames ne se reproduisent, insiste Amnesty International avec vigueur.

Le Parti des travailleurs (trotskiste) estime aussi que cet assassinat ne pourrait être considéré comme un simple incident isolé. Ce meurtre s'inscrit dans une longue histoire de violence et d'oppression des femmes au sein des familles algériennes, poursuit le parti, l'un des rares à s'exprimer publiquement sur cette affaire. Il ajoute que le Code de la famille, qui établit une discrimination entre hommes et femmes devant la loi et traite les femmes comme des mineures à vie et des citoyennes de seconde zone, porte la responsabilité de la prévalence des violences faites aux femmes et des féminicides.