Le MCC Brussels, un think tank proche du Premier ministre hongrois Viktor Orban, pourrait être contraint de cesser ses activités à Bruxelles. La Fondation Roi Baudouin, qui abrite juridiquement cette structure, a ouvert une enquête sur ses activités, estimant qu'elles pourraient violer le statut de fondation d'utilité publique. Selon des sources internes, la Fondation a demandé à MCC Brussels de prouver que ses actions ne sont pas politiques, sous peine de résilier le contrat de domiciliation.
Une structure controversée au cœur de l'UE
Créé en 2023, le MCC Brussels se présente comme un centre de recherche et de débat sur les valeurs conservatrices et souverainistes. Il est financé par le gouvernement hongrois via le Mathias Corvinus Collegium (MCC), un réseau d'écoles d'élite proche d'Orban. Depuis son installation dans un immeuble du quartier européen, le think tank organise des conférences et publie des rapports critiquant les institutions européennes, notamment sur la migration, l'État de droit et les droits LGBTQ+. Selon des documents consultés par Le Monde, la Fondation Roi Baudouin a reçu plusieurs plaintes de députés européens et d'ONG, accusant MCC Brussels d'être un instrument de propagande politique déguisé en organisation non gouvernementale.
Une enquête interne aux conséquences potentiellement fatales
La Fondation Roi Baudouin, qui héberge des centaines d'ONG et de fondations, a lancé une procédure d'évaluation des activités de MCC Brussels. Dans un courrier adressé à la direction du think tank, elle exige des éclaircissements sur la nature de ses actions et leur conformité avec le statut de fondation d'utilité publique. Une source proche du dossier affirme que la Fondation envisage de résilier le contrat de domiciliation si les activités politiques sont avérées. Cela signifierait la fermeture du bureau bruxellois de MCC Brussels, qui emploie une dizaine de personnes. Le think tank a jusqu'à la fin juillet pour répondre aux questions de la Fondation.
Une menace pour le soft power d'Orban
Cette affaire intervient alors que Viktor Orban multiplie les initiatives pour étendre son influence au sein de l'Union européenne. Le MCC Brussels est considéré comme un outil clé de son soft power, visant à promouvoir ses idées auprès des élites bruxelloises. Selon un diplomate européen, « le think tank est un canal privilégié pour diffuser la vision illibérale d'Orban au cœur des institutions ». La fermeture du bureau serait un revers pour Budapest, qui cherche à peser sur les débats européens sur l'État de droit et la souveraineté nationale. Le gouvernement hongrois n'a pas commenté l'affaire, mais des sources proches du MCC évoquent une « chasse aux sorcières » orchestrée par les libéraux européens.
Des précédents inquiétants pour les think tanks proches des régimes autoritaires
L'enquête de la Fondation Roi Baudouin s'inscrit dans un contexte de durcissement des règles sur le financement et les activités des organisations non gouvernementales à Bruxelles. En 2024, un autre think tank pro-russe, le Dialogue of Civilizations, avait été contraint de fermer après des révélations sur ses liens avec le Kremlin. Selon des experts, les fondations d'utilité publique sont de plus en plus vigilantes face aux risques d'ingérence politique. « Les think tanks doivent respecter une stricte neutralité politique pour bénéficier de ce statut fiscal avantageux », rappelle un avocat spécialisé. Le cas MCC Brussels pourrait faire jurisprudence pour d'autres structures proches de régimes autoritaires.
Réactions politiques et perspectives
Plusieurs eurodéputés, notamment des Verts et des libéraux, ont salué l'initiative de la Fondation Roi Baudouin. « Il est temps que les institutions bruxelloises cessent de servir de façade à la propagande d'Orban », a déclaré l'eurodéputée allemande Hannah Neumann. En revanche, les partis d'extrême droite européens ont dénoncé une « censure politique ». Le Fidesz, parti d'Orban, n'a pas encore réagi officiellement. Si la Fondation décide de résilier le contrat, MCC Brussels pourrait être contraint de déménager dans un pays aux règles plus laxistes, comme la Pologne ou la Hongrie. Une solution de repli est déjà à l'étude, selon des sources internes. L'avenir du think tank dépendra des réponses apportées à la Fondation d'ici la fin juillet.



