Le président serbe Aleksandar Vucic a organisé un rassemblement grandiose samedi 27 juin à Belgrade, avec des robots dansant sur de la musique folklorique serbe, le déploiement du « plus grand drapeau de Serbie » long de 500 mètres, un spectacle de drones et une programmation musicale et sportive, rapporte le média allemand Deutsche Welle (DW). Confronté à une forte contestation populaire depuis un an, le chef de l'État a tenté d'afficher une unité et annoncé son intention de démissionner de la présidence pour briguer le poste de Premier ministre lors de prochaines législatives anticipées. Une manœuvre visant à se maintenir au pouvoir malgré la tourmente, selon ses critiques.
Une annonce lors du rassemblement « La Serbie, une famille »
« Je ne serai président que pendant quelques semaines. Ensuite, je démissionnerai… Lors des prochaines élections, si le parti le souhaite et le demande, je contribuerai, avec vous, à regagner la confiance du peuple », a déclaré Vucic lors du rassemblement intitulé « La Serbie, une famille », organisé par son parti, le Parti du progrès serbe (SNS). Selon la police, le meeting rassemblait 207 000 participants, un chiffre largement contesté par l’ONG Arhiv Javnih Skupova, qui a comptabilisé 32 500 personnes, selon un communiqué de l’agence de presse Beta cité par Courrier international.
Une contestation croissante face à un dirigeant de treize ans
Aleksandar Vucic, 56 ans, dirige la Serbie depuis treize ans sous différents mandats. Il fait face à une contestation croissante, accusé de gestion autocratique et de corruption. « Oui, il est logique que nous ayons bientôt des élections, et quand je dis bientôt, je veux dire dans les trois ou quatre prochains mois », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse lundi soir, citée par le Financial Times. Il a également indiqué qu'il pourrait briguer le poste de Premier ministre après le scrutin et s'est engagé à agir de manière « transparente ».
Les premières manifestations contre le gouvernement ont éclaté il y a plus d'un an, à l'appel d'organisations étudiantes, après l'effondrement du auvent de la gare de Novi-Sad, qui avait fait 16 morts. Le bâtiment, pourtant récemment rénové, s'est effondré sur des passants, suscitant des critiques sur les conditions troubles d'attribution du contrat à l'entreprise de construction, qui n'avait fait l'objet d'aucun contrôle rigoureux. En début d'année, le gouvernement a également dû abandonner le projet soutenu par le groupe immobilier de Donald Trump de transformer un monument historique de Belgrade en hôtel de luxe, face au tollé.
Un scénario à la Poutine ?
Pour le quotidien local Danas, « la déclaration d'Aleksandar Vucic n'a rien de fondamentalement nouveau, car personne ne s'attendait à ce qu'il se retire de la vie politique après la fin de son mandat présidentiel ». En renonçant à la présidence, il espère être réélu au poste de Premier ministre, qui a plus de poids dans la Constitution serbe. Helena Ivanow, chercheuse associée au Henry Jackson Society à Londres, citée par le Financial Times, estime que le président serbe pourrait tenter « un scénario à la Poutine », en référence à la période 2008-2012 où le dirigeant russe est devenu Premier ministre pour échapper aux limites de mandats présidentiels avant de revenir.
Des promesses non tenues et un allié de Trump
Aleksandar Vucic n'a pas précisé la date de sa démission ni celle de la dissolution du Parlement, étape indispensable pour des législatives anticipées, note la presse serbe. Il pourrait revenir sur sa promesse si le climat politique lui est défavorable, selon des analystes. Ce ne serait pas la première fois : il avait déjà annoncé des élections anticipées en juillet, qui n'ont pas eu lieu.
Le dirigeant serbe est l'un des principaux alliés de Donald Trump en Europe centrale et orientale. Il a repris plusieurs éléments de la rhétorique du mouvement Maga : discours virulent contre Bruxelles, les médias indépendants et les « politiques de genre », prônant des valeurs de famille conservatrice et de christianisme.
Un sondage favorable sous conditions
Selon un sondage relayé par le média Blic, en cas d'élections législatives, Vucic et son parti l'emporteraient avec 47,1 % s'il faisait face à une liste d'opposition menée uniquement par les leaders étudiants. Mais si celle-ci s'alliait avec les autres oppositions, elle pourrait obtenir un score plus élevé que celui du président actuel.



