Depuis début mars, l'Iran impose un blocus de fait du détroit d'Ormuz, voie maritime essentielle pour le transport du pétrole et du gaz, en représailles aux bombardements américains. Cette crise économique, bien que dangereuse, offre des opportunités, notamment pour la Chine, selon un rapport publié lundi 29 juin par Asia Group, cabinet de conseil basé à Washington.
La Chine, grand gagnant de la crise
Kurt Campbell, président et cofondateur d'Asia Group, déclare en préambule du rapport : « Il est difficile de ne pas conclure que la Chine est gagnante dans cette affaire. » Le pays tire son épingle du jeu dans une conjoncture qui impacte durement ses voisins asiatiques, qui importent 80 % de leur pétrole et 90 % de leur gaz naturel via le détroit d'Ormuz.
La première explication, relevée par le New York Times, réside dans la capacité de la Chine à réduire sa dépendance au pétrole étranger. En mai, ses importations de pétrole ont diminué de 30 %. Parallèlement, le président Xi Jinping a lancé des investissements massifs dans les énergies renouvelables (solaire, éolien, hydroélectrique) pour atteindre l'indépendance énergétique. Selon le Financial Times, la consommation électrique chinoise représente un tiers de sa dépense énergétique, soit 50 % de plus qu'en Europe et aux États-Unis.
Une alternative aux États-Unis
La Chine se présente ainsi comme une alternative aux États-Unis de Donald Trump, dont les revirements irritent jusqu'à leurs alliés. Elle se protège des fluctuations des prix de l'énergie et consolide son leadership régional. Un responsable d'une entreprise exportatrice de prototypes à Hangzhou confie au Financial Times qu'un de ses clients « envisageait de rapatrier certaines commandes du Vietnam et du Cambodge vers la Chine. »
Le succès stratégique de la Chine s'apprécie aussi par contraste avec les pays voisins, durement frappés par la crise.
L'Asie du Sud-Est en difficulté
Le rapport d'Asia Group, qui a utilisé l'intelligence artificielle pour prévoir les réactions des gouvernements et entreprises, montre l'ampleur des dégâts. Au Laos, le gouvernement a fermé des centaines de stations-service et réduit la semaine scolaire à quatre jours. En Indonésie, la monnaie a connu une baisse historique début juin, dépassant les 18 000 roupies pour un dollar, et le pays a dû négocier directement avec l'Iran les conditions de passage des navires pétroliers.
L'Inde, qui dénonce régulièrement les droits de douane américains, se retrouve au pied du mur : elle dépend du soutien américain alors que deux barils importés sur trois transitent par Ormuz. Au Japon, les constructeurs automobiles souffrent de la hausse des prix et des pénuries d'aluminium.
Un impact durable
Kurt Campbell estime que le blocage du détroit d'Ormuz a un impact « profond et durable » sur les chaînes d'approvisionnement des pays asiatiques. Cette situation renforce encore davantage la position stratégique de Pékin en Asie.



