La fin discrète de la Légion internationale laisse les combattants étrangers dans le flou
Dans la cantine déserte d'un hôtel bon marché de Kryvy Rih, dans le sud de l'Ukraine, Bjorn Kallsoy, 45 ans, traîne son sac avec lassitude. Sous son nom de guerre « Viking », ce Danois originaire des îles Féroé – « l'endroit le plus paisible du monde : il n'y a même pas d'armée ! » – semble épuisé. « Je n'en peux plus de la caserne, il faut que je me repose », explique-t-il d'une voix traînante, son crâne rasé et ses tatouages contrastant avec sa fatigue palpable.
Un engagement né de l'horreur des crimes de guerre
Bjorn Kallsoy s'est engagé dans la Légion internationale pour la défense territoriale de l'Ukraine en 2023, profondément bouleversé par les crimes de guerre russes commis depuis le début de l'invasion. Comme lui, plusieurs centaines d'étrangers ont rejoint cette unité créée le 27 février 2022 sur ordre direct du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, pour aider à repousser l'agression russe.
Ces volontaires internationaux, souvent expérimentés, ont servi dans diverses unités, y compris des groupes de reconnaissance comme celui où opérait « Connor », un combattant américain photographié à Kharkiv en janvier 2026. Leur présence a symbolisé le soutien global à la résistance ukrainienne.
Une dissolution annoncée dans la plus grande discrétion
Pourtant, le 31 décembre 2025, l'état-major ukrainien a très discrètement annoncé la dissolution de la Légion internationale. Cette décision, passée largement inaperçue, a plongé les combattants étrangers dans un profond désarroi. « Viking » et ses camarades se sentent désormais désorientés, incertains de leur avenir au sein de l'effort de guerre ukrainien.
Le 2ᵉ bataillon de la Légion, auquel appartient le Danois, a immédiatement fait appel de cette décision. Ils ont obtenu un sursis temporaire jusqu'au 15 février 2026, mais cela n'a guère apaisé leurs inquiétudes. Déjà, les membres de cette unité ont été transférés vers le 253ᵉ régiment d'assaut de la 129ᵉ brigade de défense territoriale, marquant une réorganisation significative des forces.
Une intégration complexe dans les structures régulières
Ce transfert soulève de nombreuses questions sur l'intégration future de ces combattants étrangers au sein des unités ukrainiennes conventionnelles. Leur statut unique, entre volontariat international et service militaire régulier, pourrait compliquer leur adaptation à de nouvelles chaînes de commandement et à des procédures opérationnelles différentes.
La dissolution de la Légion internationale représente un tournant dans la gestion des volontaires étrangers par Kiev. Alors que la guerre entre dans sa quatrième année, cette décision pourrait refléter une volonté de normaliser les structures de combat ou des considérations politiques plus larges concernant la présence de combattants internationaux sur le sol ukrainien.
Pour des hommes comme « Viking », qui ont tout quitté pour défendre l'Ukraine par conviction morale, cette période de transition est source d'incertitude et de fatigue accrue. Leur engagement, né d'un choc face aux atrocités de la guerre, se heurte désormais aux réalités organisationnelles d'un conflit qui s'éternise.