Un adolescent de 17 ans tombe sous les balles à Téhéran
Dans la nuit du 8 janvier 2026, au cœur de la grande mobilisation des Iraniens contre la République islamique, Sina Ashkbousi, un lycéen de 17 ans, timide et discret, grand admirateur de la saga Harry Potter, descend dans la rue avec ses parents. Il rejoint une vingtaine de jeunes et se place au premier rang des manifestants.
Les derniers instants d'un jeune manifestant
Selon le témoignage de sa tante Samira, qui préfère taire son nom de famille et vit à l'étranger, Sina regarde sa mère à plusieurs reprises et lui déclare avec assurance : « Maman, nous avons gagné. Ils ne vont pas nous tirer dessus. » Les jeunes scandent des slogans, animés par un sentiment de victoire. Vers 22 heures, Sina s'adresse une dernière fois à sa mère : « Maman, prends soin de papa. »
Puis les tirs éclatent. Dans la confusion de la foule agitée, la mère de Sina, son fils unique, le perd de vue. Au sol, une traînée de sang s'étend sur une centaine de mètres, marquant le chemin de la violence. Affolée, elle tente de le joindre sur son téléphone, mais c'est une voix inconnue qui répond, l'invitant à se rendre d'urgence à l'hôpital situé en face du lieu de la manifestation.
La découverte macabre à l'hôpital
Les parents de Sina se précipitent à l'hôpital, où ils découvrent le corps sans vie de leur fils. L'établissement est le théâtre d'une scène de désolation, avec une centaine de corps alignés, victimes de la répression. Sina ne sera rendu à sa famille que cinq jours plus tard, dans la morgue du centre médico-légal de Kahrizak, située dans le sud de la capitale iranienne.
Samira décrit avec émotion les conditions effroyables de cette restitution : « Dans les trois hangars de Kahrizak, il y avait des corps entassés les uns sur les autres. Les balles avaient traversé le cœur et l'abdomen de Sina. » Les hommes de la famille ont été contraints de signer un document les engageant à rester discrets lors de l'enterrement, une mesure typique des autorités pour étouffer les protestations.
Le souvenir d'un sourire innocent
La tante de Sina, peinant à parler de lui au passé, se remémore surtout son sourire innocent. Elle révèle que le jeune homme a été enterré dans un endroit inconnu, en dehors de Téhéran, ajoutant une couche de mystère et de douleur à ce drame familial. Cette histoire illustre la brutalité de la répression en Iran, où des vies jeunes et pleines d'espoir sont sacrifiées dans le silence imposé.
Le cas de Sina Ashkbousi s'inscrit dans un contexte plus large de manifestations contre le régime des mollahs, marquées par une violence systématique des forces de sécurité. Les familles des victimes sont souvent contraintes au silence, tandis que les autorités cherchent à minimiser l'ampleur des pertes humaines.