Le parquet persiste dans sa ligne accusatoire au nouveau procès pour le suicide d'Evaëlle
Devant la cour d'appel de Versailles, l'accusation a requis, lundi, 18 mois de prison avec sursis à l'encontre de l'enseignante de cette collégienne de 11 ans qui s'est pendue dans sa chambre du pavillon familial à Herblay, dans le Val-d'Oise, en juin 2019. L'avocate générale a également demandé une interdiction définitive d'enseigner pour cette professeure de français de 63 ans aujourd'hui à la retraite, rejugée pour harcèlement.
L'enfer au collège pour Evaëlle
L'enseignante « a franchi la ligne rouge, humiliant, rabaissant et stigmatisant, pas tous les élèves mais certains élèves qui sont choisis avec soin », a déclaré Soisic Iroz, rappelant la dégradation des conditions de vie d'Evaëlle au sein du collège, harcelée par des camarades mais aussi par sa professeure de français. À l'issue du procès en première instance en avril 2025, la professeure avait été relaxée, le tribunal de Pontoise ayant considéré que les éléments à charge étaient « discordants, indirects, peu circonstanciés » ou relevant de « comportements adaptés et légitimes s'agissant de l'autorité dont doit faire preuve un enseignant en classe ». Le parquet, qui avait déjà requis 18 mois de prison avec sursis, avait fait appel.
La défense de l'enseignante face aux accusations
Devant la cour d'appel, la professeure s'est défendue d'avoir eu un comportement hostile envers la collégienne. « Il m'arrivait de répondre sèchement à des élèves mais je n'ai jamais ciblé un élève en particulier », a-t-elle déclaré très calmement. À plusieurs reprises, elle a maintenu sa version des faits : « Mon intention n'était pas de la mettre en difficulté mais de l'aider au contraire ». Ces déclarations n'ont pas convaincu la mère d'Evaëlle, qui a imploré la justice de reconnaître le harcèlement imputé à l'enseignante.
L'appel poignant de la mère d'Evaëlle
« À l'école, elle aurait dû être en sécurité, elle aurait dû pouvoir faire confiance aux adultes. À la place, elle a rencontré l'humiliation, l'isolement et un jour, ce poids est devenu trop lourd à porter », a dénoncé Marie Dupuis à la barre. « Rendre justice, c'est responsabiliser cette professeure qui ne se remet pas en cause et qui porte une responsabilité écrasante du fait de son statut », a-t-elle ajouté. Depuis son entrée en sixième au collège Isabelle-Autissier, les problèmes s'étaient multipliés pour l'adolescente, déjà victime de brimades en primaire, jusqu'à son suicide quelques mois après avoir quitté l'établissement.
Les témoignages accablants et la suite du procès
Victime de violences et d'insultes de la part de ses camarades, elle faisait aussi face à des tensions avec sa professeure de français. Si le dossier administratif de l'enseignante fait état d'une « professeur expérimentée, sérieuse et dynamique », l'enquête a brossé un autre portrait. La majorité des élèves entendus ont ainsi confirmé que Evaëlle était la cible récurrente de cette enseignante. Le procès se poursuivra ce mardi avec les plaidoiries de la défense, dans une affaire qui soulève des questions cruciales sur le harcèlement scolaire et la responsabilité des éducateurs.