Lancés début avril, les travaux de remise en état du système d’endiguement de la vallée de la Garonne brassent des dizaines de milliers de mètres cubes de terre. L’objectif est de colmater au plus vite les neuf brèches ouvertes par la crue majeure de février. Trois mois après cette crue historique, les pelleteuses s’activent depuis plusieurs semaines pour remettre d’aplomb les systèmes d’endiguement du Marmandais, gérés par l’Agglomération Val de Garonne.
Un chantier titanesque au Mas-d’Agenais
En ce jeudi 7 mai, Joël Hocquelet, le nouveau président de l’Agglomération, a visité le chantier colossal du Mas-d’Agenais. Sur place, une noria de camions achemine des bennes d’argile spécifique, extraite dans les carrières du Marmandais, du côté de Marcellus. En contrebas, la pelleteuse et le compacteur de l’entreprise de BTP Eurovia semblent minuscules face à l’ampleur de la brèche, large de plus de 40 mètres et profonde de 8 mètres.
« C’est comme si vous remplissiez deux piscines olympiques en 1 seconde », illustre Jean-Marie Fernandez, responsable du service Gemapi à l’Agglomération, en évoquant le débit de 6 300 m³ par seconde enregistré lors de la rupture. Avant de rebâtir la digue, il a fallu reconstituer la nappe phréatique, puis combler l’immense trou creusé par le courant.
Reconstruire par couches d’argile
« Avant de rebâtir la digue, nous avons dû reconstruire le lit de la nappe phréatique, qui avait explosé sous la pression de la Garonne », explique Denis Duteil, délégué communautaire en charge de la Gemapi. La nappe a été reconstituée avec de la grave puis colmatée sous une épaisse couche d’argile. La reconstruction de la digue a ensuite commencé par strates successives de 30 cm d’argile compactée. Des redans, sortes de gradins de terre, ont été creusés dans la digue existante pour ancrer solidement le nouvel ouvrage.
Lancé il y a deux semaines, le chantier devrait se poursuivre sur trois à quatre semaines supplémentaires et brasser environ 10 000 m³ de terre pour un coût de 600 000 euros TTC.
D’autres brèches en cours de réparation
À Caumont-sur-Garonne, l’Agglomération a déjà englouti 400 000 euros pour rebâtir la digue et la route emportées par la crue. « Elle avait tenu en 2021, mais pas cette fois-ci. Une douzaine de maisons a été inondée. Heureusement que l’on avait fait évacuer les habitants », se remémore le maire, Pascal Ferrer. Deux autres brèches ont déjà été remises en état, à Villeton et à Couthures-sur-Garonne. Cinq chantiers sont menés de front actuellement sur les communes de Villeton, Taillebourg et Sénestis, secteur où les travaux sont immenses. La brèche de Sainte-Bazeille, qui protège Jusix, attendra cet été en raison de problèmes d’accès et de difficultés avec la ligne de train.
Un coût total estimé à 8 millions d’euros
« On reconstruit avec une argile de type A2, comme il nous est demandé. On voit que les digues qui ont été refaites en 2019 et 2021 ont bien tenu », souligne Joël Hocquelet. Le nouveau président de VGA a pris en main ce chantier d’urgence déjà mis sur les rails par son prédécesseur. « Pour reconstruire à l’identique, on va être sur environ 8 millions d’euros », chiffre-t-il. « Nous serons obligés de faire un emprunt, comme en 2021. » L’Agglomération aimerait profiter de ce chantier pour renforcer d’autres ouvrages et routes exposées aux crues, pour un coût total qui pourrait atteindre 13 millions d’euros.
« Notre objectif, c’est d’avancer vite et tout remettre en état avant les prochains risques d’inondations. Aujourd’hui, avec une crue à 6 mètres, nous ne sommes plus protégés pour l’instant », avertit le président. « Après ces deux épisodes d’inondations importants, je proposerai à mes collègues élus d’avoir une réflexion sur l’ensemble des systèmes d’endiguement. »
Une mesure exceptionnelle pour accélérer les travaux
La mesure exceptionnelle prise début avril par les préfectures de Lot-et-Garonne et de Gironde, pour se passer d’études techniques et d’autorisations environnementales pour refaire des digues à l’identique, vise à épargner du temps et de l’argent aux collectivités. « Financièrement, cela ne change pas grand-chose, temporisent les élus de l’Agglomération. En aucun cas, on ne fait l’économie du bureau d’études, qui était sur le terrain dès le 24 février. C’est une question de responsabilité. »



