Chaque jeudi, retrouvez un extrait de notre nouveau hors-série sur le mariage de Rainier III et Grace Kelly. Aujourd'hui : l'émotion des fiançailles encore fraîche, Grace Kelly reprend le chemin des studios pour le tournage de son dernier film « High Society ». Rainier III retraverse l'Atlantique, en mars, pour préparer l'accueil de la future princesse.
Les préparatifs du mariage princier
Grace allait donc devenir la deuxième princesse américaine de Monaco après Alice Heine, épouse d'Albert Ier en 1889. Le « mariage du siècle » sera organisé en un temps record, puisque programmé les 18 et 19 avril 1956, à Monaco. Si la famille Kelly aurait souhaité que l'union religieuse se fasse à l'église St-Bridget's de Philadelphie, et l'union civile à Monaco, le Prince leur a fait admettre qu'une Princesse devait s'engager devant Dieu et son peuple.
De part et d'autre de l'Atlantique, les avocats travaillent à la rédaction du contrat de mariage. Du Caire à Lima, en passant par Londres et Téhéran, une pluie de félicitations diplomatiques arrive au Palais princier en ce début d'année 1956. Elvis Presley a beau faire ses débuts à la télévision américaine, IBM lancer ses premiers ordinateurs, la situation autour du Canal de Suez se tendre et Nikita Khrouchtchev dénoncer les crimes de Staline, le récit du « conte de fées » entre Rainier et Grace occupe une place majeure dans les journaux internationaux.
Les derniers jours à Hollywood
À New York, pour quelques heures, Grace et Rainier profitent encore de la ville. Le temps pour le Prince d'offrir un collier de perles Van Cleef & Arpels à sa fiancée, avant qu'elle ne reparte pour Hollywood. Après quelques essais de tenues et répétitions musicales, elle est attendue en plateau du 18 janvier au 6 mars. Là-bas, elle pourra aussi essayer et parfaire la robe de mariée que lui confectionne Helen Rose, la costumière en chef de la MGM.
Rainier, lui, assiste avec les parents de sa promise au jubilé du père Tucker à l'église Saint Antoine de Padoue, le 12 janvier à Wilmington. Le grand aumônier de la Maison souveraine de Monaco (depuis février 1951) reçoit les honneurs de ses pairs lors d'un dîner, où il lit ce mot : « Pour votre anniversaire, avec toute mon amitié. Je regrette de ne pas pouvoir être là en personne. Grace Kelly ».
Après une escale en Floride, où il a été photographié devant un magasin de pêche de Palm Beach aux côtés de la femme du consul de Monaco, Mme Palmaro, le Prince poursuit son road trip en Californie. Il y reçoit l'hospitalité du consul local de Monaco, John Hale.
La méconnaissance de Monaco aux États-Unis
Le 27 février, le Time indique que le prince Pierre a atterri à Los Angeles où l'attendait son fils. Rainier qui n'est alors jamais bien loin de sa Grace, comme en témoignait dans Monaco-Matin Celest Holm, partenaire de jeu de Miss Kelly dans High Society et témoin de la méconnaissance de la Principauté chez l'Oncle Sam : « En 1956, personne n'aurait pu situer Monaco sur une carte. Le prince Rainier III venait nous rendre visite à la cantine du studio, pendant le tournage. Un jour, les patrons de la Métro-Goldwyn-Mayer (MGM) lui ont demandé la taille de son pays. Quand il leur a répondu, ils se sont esclaffés en disant que l'arrière-cour des studios était plus grande que la Principauté. Il faut dire qu'ils étaient furieux que leur star arrête le cinéma pour devenir princesse. »
Les médias à l'affût
Le printemps approche et chaque geste du couple est épié. Dans cette course au scoop, même les titres les plus réputés commettent des erreurs. Ainsi le Washington Post et le Times Herald annoncent à tort le mariage du prince Pierre de Polignac, père de Rainier, avec Miss Audrey Emery. Les Français ne sont pas en reste dans leur quête d'exclusivité. En témoignent ces photos volées de la robe promise à Grace Kelly pour le gala du 18 avril à l'Opéra de Monte-Carlo, conçue par Castillo chez Lanvin Paris. Un coup qui fait la fierté de Jours de France. « Pour en photographier l'ébauche, nos reporters se sont installés, munis d'un téléobjectif, à la fenêtre d'un immeuble voisin. C'est dans la cave du joaillier Clerc qu'ils ont découvert la deuxième surprise : le cadeau de mariage des Monégasques. » En l'occurrence, une parure collier-bracelet-broche en rubis et brillants, ainsi qu'une bague, qui feront couler de l'encre.
Le 6 mars, le Prince est de retour à New York en provenance de Californie. Il annonce qu'il partira pour le Vieux-Continent le 16 mars.
Les préparatifs à Monaco
À Monaco, la curiosité des médias étrangers grimpe. Claude Crovetto, élève de 2e au Pensionnat des Dames de Saint Maur, et par ailleurs fille du conseiller de gouvernement Jean-Maurice Crovetto, a été choisie pour être interviewée en anglais par la BBC, promouvoir son pays et le mariage. Grace, elle, se prépare pour un autre mariage. Celui de sa future demoiselle d'honneur, Rita Gam. Une amie de la première heure à Hollywood dont elle n'aurait pour rien au monde manqué l'union, le 23 mars à New York, avec Thomas Henry Guinzburg Jr.
Les lettres d'amour du Prince
Les jours qui suivent, Grace Kelly les consacre à sa famille et à ses amis qui convergent vers New York, où ils embarqueront le 4 avril sur le SS Constitution en direction de Monaco. Depuis son appartement de la 5e Avenue, l'ex-actrice règle les affaires courantes et prépare ses valises pour une nouvelle vie. Élevée dans le catholicisme, elle s'entretient également avec le cardinal Spellman. Une démarche spirituelle avant d'incarner une princesse profondément catholique. Rainier ne pense qu'à elle et lui fait savoir dans un billet doux. « Ma chérie, Cette lettre n'est qu'une bien pâle façon de te dire ô combien je t'aime, combien tu me manques, combien j'ai besoin de toi et combien je veux que tu me restes toujours proche. »
Une rare archive sentimentale, tant le Souverain tenait à protéger cette correspondance, en partie disparue selon ses confidences au biographe Jeffrey Robinson. « Je ne garde jamais rien. La princesse les a peut-être conservées [...] Personne ne les a jamais vues, pas même mes enfants. Ces lettres, je n'ai pas envie qu'on les voie. Après avoir mené une vie si publique, ces lettres sont peut-être mon dernier jardin secret. »
Le grand départ
Le 30 mars, entourée de fans, bouquet de roses sous le bras, la future princesse resplendit dans les rues de New York lors d'un shooting photos improvisé entre deux lèche-vitrines. Puis vient le 4 avril, jour du grand départ. Outre le millier de passagers et membres d'équipage, des centaines de photographes et des milliers de curieux se ruent aux abords du paquebot transatlantique. Soixante-seize invités de la famille Kelly seront de la traversée selon le manifeste de bord du SS Constitution.
Dans la cacophonie la plus complète, Grace Kelly s'avance derrière une rangée de micros pour une dernière conférence de presse sur la terre ferme. D'une sérénité bluffante face à cette agitation, elle se lance avec calme : « Le simple fait de se marier est une très grand étape pour n'importe quelle femme et j'ai beaucoup de sentiments à ce sujet. C'est très excitant et je suis très heureuse. Je suis un peu triste de quitter la maison, mais j'espère revenir assez souvent. » Aux journalistes inquiets de la voir migrer, elle répond qu'une fois mariée « elle aura la double nationalité ». - « Comment est votre français ? - Comme ci, comme ça, répond-elle en haussant les épaules dans un rire. - Êtes-vous prête ? - Je n'ai pas peur, je me sens prête. »



