Pendant près de deux ans, un père de famille avait réalisé une dérivation de son compteur électrique pour diviser sa consommation par deux. Ce mardi 5 mai, il comparaissait devant le tribunal correctionnel de La Rochelle, aux côtés d'un agent Enedis accusé de complicité. Ce dernier a finalement été relaxé.
Une fraude révélée par des alertes Linky
Enedis, confronté à 100 000 fraudes en 2024 selon l'avocate du gestionnaire, Me Laetitia Citroën, traite ce genre d'affaires en routine. Le prévenu, un marchand de biens immobiliers, a reconnu les faits d'escroquerie et de modification d'une installation de distribution d'énergie, commis entre le 6 septembre 2023 et le 24 juin 2025. Il a justifié son geste par des difficultés financières survenues après le décès de sa compagne en 2022, le laissant seul avec ses deux filles.
Sur la période, il a frauduleusement consommé 13 106 kWh, économisant ainsi 3 200 euros. Pour contourner les systèmes de sécurité, il a forcément bénéficié d'une aide extérieure, mais il n'a jamais dénoncé son complice.
Le scellé de Périgny au cœur de l'enquête
En 2023, Enedis a reçu deux alertes concernant le compteur du prévenu. « Le Linky est scellé. Il avait été ouvert alors qu'il n'y a jamais eu d'intervention d'Enedis ou d'un prestataire », a détaillé Me Citroën. En février 2024, des agents se sont rendus au domicile et ont découvert un kit de dérivation ainsi qu'un scellé provenant de l'agence Enedis de Périgny. Cet élément a orienté les soupçons vers un agent local.
Un rendez-vous avait été fixé avec le client le 4 mars 2024. Quatre jours avant, le Linky avait été débridé, entraînant une hausse de la consommation, deux fois supérieure à la moyenne de l'année précédente. Il était reproché au prévenu d'avoir rouvert le capot du compteur après ce contrôle.
La défense plaide le doute
Pour le ministère public, le scellé de Périgny et les témoignages des collègues du technicien suffisaient à accréditer sa culpabilité. Mais Me Claire Finance, avocate de l'agent, a produit des bons de passage, dont un datant de 2023, qui justifiaient la présence du scellé. Elle a également souligné l'existence de tutoriels en ligne, notamment depuis la guerre en Ukraine et la hausse des prix de l'électricité, et la vente de scellés sur Internet. « Le frère du prévenu pose des climatisations. Il est artisan. Peut-être est-ce son complice ? Et quel serait l'intérêt personnel de mon client ? » a-t-elle plaidé, demandant la relaxe.
Verdict : le père condamné, l'agent relaxé
Le tribunal a estimé que les preuves étaient insuffisantes pour condamner l'agent de Périgny, qui a été relaxé. Le père de famille, inconnu des services judiciaires, a été condamné à quatre mois de prison avec sursis simple. Sa facture d'électricité a été réajustée, passant de 135 euros par mois à plus de 300 euros. « Oui, j'avoue. La vie n'était pas facile tous les jours. Je ne le referai plus », a-t-il promis. L'identité de son complice reste inconnue.



