La Direction générale du Trésor (DGT), une administration clé du ministère de l’Économie et des Finances, a suspendu le test d’un modèle d’intelligence artificielle développé par une entreprise chinoise, après avoir constaté des réponses biaisées sur des sujets politiques sensibles. L’information, révélée par Le Monde le 25 juin 2026, a été confirmée par plusieurs sources internes à l’administration.
Un test mené dans le cadre d’une expérimentation plus large
Ce test s’inscrivait dans une phase d’expérimentation de plusieurs outils d’IA générative, destinée à évaluer leur potentiel pour assister les agents de la DGT dans leurs missions quotidiennes, notamment la rédaction de notes et l’analyse de documents économiques. Le modèle chinois, dont le nom n’a pas été divulgué, a été mis à l’épreuve aux côtés d’autres solutions, dont certaines occidentales.
Selon un agent de la DGT ayant participé aux tests, « les réponses du modèle chinois étaient systématiquement orientées sur des questions comme le statut de Taïwan, les droits de l’homme en Chine ou encore les sanctions internationales ». Par exemple, interrogé sur Taïwan, le modèle aurait systématiquement répondu que l’île faisait partie intégrante de la Chine, sans mentionner les positions internationales divergentes. De même, sur les droits de l’homme, il aurait minimisé les critiques internationales.
Un risque de partialité inacceptable pour l’administration
La DGT, qui est notamment chargée de conseiller le gouvernement sur les questions économiques internationales, a jugé ces biais incompatibles avec les exigences de neutralité et d’objectivité attendues d’une administration publique française. « Nous ne pouvons pas utiliser un outil qui risque d’influencer nos analyses de manière partiale, surtout sur des sujets géopolitiques », a expliqué un responsable de la DGT sous couvert d’anonymat.
L’interruption du test a été décidée après que les équipes techniques ont soumis une série de questions tests, dont les réponses ont été jugées « trop marquées politiquement » selon une note interne consultée par Le Monde. La DGT a toutefois précisé que cette suspension ne remettait pas en cause l’ensemble du projet d’expérimentation des IA, qui se poursuit avec d’autres modèles.
Des précédents similaires dans d’autres administrations
Ce n’est pas la première fois qu’une administration française interrompt l’utilisation d’une IA pour des raisons de biais. En 2024, le ministère des Armées avait déjà suspendu l’utilisation d’un logiciel de reconnaissance faciale chinois après des alertes sur des biais ethniques. Plus récemment, en 2025, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) avait mis en garde contre l’utilisation d’IA génératives non conformes au RGPD.
Selon un expert en éthique des IA interrogé par Le Monde, « les modèles chinois sont entraînés sur des données filtrées par la censure d’État, ce qui les rend naturellement biaisés sur des sujets politiques. Les administrations doivent en être conscientes et mettre en place des tests rigoureux avant tout déploiement. »
Des implications pour la souveraineté numérique
Cet incident relance le débat sur la dépendance technologique de la France vis-à-vis de la Chine dans le domaine de l’IA. Alors que Pékin investit massivement dans ce secteur et cherche à exporter ses modèles, les questions de biais et de souveraineté numérique deviennent cruciales. La DGT a indiqué qu’elle allait renforcer ses critères de sélection pour les futurs tests, en intégrant des clauses de neutralité politique.
Au total, selon des sources proches du dossier, une dizaine de modèles d’IA ont été testés par la DGT depuis le début de l’année 2026. Seuls deux d’entre eux, tous deux occidentaux, ont pour l’instant été retenus pour une phase de déploiement pilote. Les résultats définitifs de l’expérimentation sont attendus pour la fin de l’année.



