Les Jeux olympiques 2026, nouvelle arène politique pour les athlètes américains
La question se pose avec une acuité particulière lors de ces Jeux olympiques d'hiver 2026 à Cortina et Anterselva : un athlète peut-il s'engager politiquement sans en subir les conséquences ? L'affaire Hunter Hess, skieur acrobatique américain de 27 ans, illustre parfaitement ce dilemme. Dimanche, le président Donald Trump a qualifié le sportif de « vrai loser » sur son réseau Truth Social, exprimant son « regret » quant à sa présence dans la délégation olympique américaine.
Des déclarations qui font polémique
Deux jours avant cette attaque présidentielle, Hunter Hess avait déjà créé la controverse lors d'une conférence de presse pré-olympique. « Représenter actuellement les États-Unis suscite des sentiments mitigés en moi », avait-il déclaré. « Il se passe beaucoup de choses que je n'apprécie pas particulièrement. Ce n'est pas parce que je porte le drapeau que je représente tout ce qu'il se passe aux États-Unis. »
Cette prise de position n'était pas isolée. Son compatriote Chris Lillis a immédiatement enchaîné : « Je me sens attristé quand je vois ce qu'il se passe actuellement aux États-Unis, en particulier concernant l'ICE. Je pense que notre pays doit se concentrer sur le respect des droits de tout le monde. » Des références à peine voilées aux meurtres de Renee Good et d'Alex Pretti par la police de l'immigration américaine, loin des traditionnelles déclarations sportives.
Une délégation divisée face aux questions politiques
Le contexte politique américain, particulièrement tendu, s'est invité dans l'enceinte olympique. Lors de la cérémonie d'ouverture, le vice-président J.D. Vance s'est fait huer par une partie du public du stade San Siro. Cet incident rappelle une évidence : la politique et le sport olympique entretiennent des relations complexes.
Interrogés sur le sujet, les athlètes américains adoptent des positions variées. Le skieur acrobatique Quinn Dehlinger déplore « une grande division politique aux États-Unis ». La snowboardeuse Chloe Kim, la hockeyeuse Kelly Pannek et la star du ski alpin Mikaela Shiffrin invoquent leurs « valeurs » d'« inclusion, diversité et bienveillance ». Shiffrin a même cité Nelson Mandela lors de ses déclarations.
Des soutiens et des réserves au sein de l'équipe américaine
La biathlète Margie Freed, interrogée par des journalistes à l'issue du relais mixte dimanche, a pris position sans ambiguïté. « Je suis vraiment fière de représenter les Américains qui se battent pour tout ce que le pays a de meilleur à offrir, tous ceux qui luttent pour sa diversité », a déclaré l'athlète de 28 ans originaire du Minnesota.
Margie Freed a salué la sortie « courageuse » de Hunter Hess, ajoutant : « Je pense qu'il est vraiment important que les gens prennent position pour leur prochain, et en particulier celui qui subit des injustices. C'est encourageant de voir d'autres athlètes défendre leurs convictions. »
Mais tous ne partagent pas cet enthousiasme. Le curleur olympique Korey Dropkin, actuellement troisième de l'épreuve mixte, s'est montré beaucoup plus prudent. « C'est un sujet sensible », a-t-il confié. « En fin de compte, tout le monde mérite d'être respecté. De notre côté, on se concentre pour préparer au mieux notre demi-finale olympique. »
Les limites de l'expression politique dans l'olympisme
Le cas de Gus Kenworthy illustre les subtilités du règlement olympique. L'ancien médaillé américain, qui participe cette fois sous les couleurs britanniques, a posté sur Instagram une photo montrant l'inscription « Fuck ICE » tracée dans la neige. Dans son message, il exhorte les Américains à contacter leurs sénateurs pour « freiner l'ICE et la police des frontières ».
Cette action soulève une question réglementaire cruciale. La charte olympique interdit « toute forme de manifestation ou de propagande politique, religieuse ou raciale sur les sites, lieux ou autres zones olympiques ». Cependant, comme le précise le texte, « le CIO ne réglemente pas les publications personnelles sur les réseaux sociaux ».
Cette distinction crée une « liberté d'expression des athlètes » à géométrie variable. Si Gus Kenworthy avait fait des déclarations aussi engagées lors d'une conférence de presse officielle, il aurait probablement risqué des sanctions. Dans l'univers olympique, le canal de communication semble parfois plus important que le contenu du message lui-même.
Les Jeux olympiques d'hiver 2026 révèlent ainsi les tensions croissantes entre engagement politique et neutralité sportive, dans un contexte américain particulièrement polarisé. La question reste ouverte : jusqu'où les athlètes peuvent-ils aller dans l'expression de leurs convictions sans compromettre leur participation aux plus grandes compétitions sportives ?