Derrière les médaillés mondiaux et olympiques déjà assurés de leur place en équipe de France de slalom, de nombreux candidats brillants se préparent à une bataille cruelle pour les rares places restantes, à Vaires (8-11 mai). Bienvenue au paradis… et un peu aussi en enfer. Voici le canoë-kayak français, en slalom, havre de félicité où fleurissent comme jamais les médailles internationales, des seniors aux U18. Et pour l’enfer, cette dure réalité : six à huit candidats et candidates de haut niveau pour trois places seulement dans chacune des six catégories et par genre pour la saison internationale. Et encore, cinq médaillés mondiaux et/ou olympiques ont déjà leur place. Pour les JO, c’est pire : une seule place par catégorie.
Une densité exceptionnelle
« Les places sont chères, très chères. Cette densité n’existe dans aucun autre pays au monde. Quand j’arrive pour les sélections, j’essaie de ne pas trop y penser », résume Elouan Debliquy. À 19 ans, il était l’an dernier en équipe de France U23 mais a échoué à une place des seniors (4e). Exceptionnel et frustrant. Côté paradis, « cette densité est parfaite pour progresser », juge Mathéo Sénéchault, 18 ans. « C’est une chance, un moteur, il faut en tirer profit. Cela donne aussi beaucoup de confiance : si on arrive à se sélectionner, on a les cartes pour jouer devant au niveau international », précise Léo Vuitton, 24 ans, en bleu en U23, et brillant, jamais encore qualifié senior.
L’enfer de la concurrence
Pourtant les flammes de l’enfer lèchent les eaux des bassins. La violente bousculade pour l’équipe de France peut virer au supplice quand la seule place olympique semble promise pour des années, chez les garçons, à des prodiges : le champion olympique de C1 (canoë) Nicolas Gestin, 26 ans, le vice-champion de Paris en K1 (kayak), Titouan Castryck, qui n’aura que 22 ans en août. « C’est à la fois un défi exceptionnel et une situation frustrante, parce que tu peux te retrouver derrière alors que tu as largement le niveau international », reconnaît Elouan Debliquy. « En sélection, c’est toi contre toi-même, tu fais avec les armes que tu as. Tu donnes ton meilleur, tu vois ce que ça donne à l’arrivée. » « Après tout, c’est le haut niveau », fatalise Doriane Delassus, 23 ans, qui en C1 trouve « cinq autres filles, et toutes âgées de moins de 25 sauf ma sœur, Marjorie, olympienne à Paris et Tokyo. »
Le génie Castryck
En K1, les 22 ans et le génie de Castryck obstruent l’accès au ciel olympique. « C’est un profil exceptionnel, qui a percé jeune et possède déjà une maturité énorme », salue Léo Vuitton. À peine plus jeune avec ses 19 ans, un autre Titouan, Estanguet, fait avec. « Beaucoup de jeunes naviguent très bien, Titouan est encore au-dessus. Dans un premier temps, il faut s’inspirer de tout ce qu’il fait de bien. Pour moi, c’est une idole. Avant d’arriver à son niveau, il y a encore un peu de chemin. Mais c’est sûr que, plus tard, il faudra essayer de le sortir de la tête et vouloir le battre. » Plus tard, c’est quand ? Les JO 2028 arrivent vite, alors 2032 ? Quand on pense que Tony Estanguet a conquis à 34 ans son 3e titre olympique, la famine éternelle menace les aspirants si Castryck dure autant. Et en même temps, « cela montre qu’on peut se qualifier tard aux JO, comme Denis Gargaud (28 ans pour son titre à Rio, pas loin d’aller à Tokyo à 33). Donc tant qu’on a la motivation, on peut espérer… », pointe, à l’horizon, Elouan Debliquy.
Reconstruction après l’échec
« Quand les résultats tombent, c’est parfois brutal. Il faut réussir à se reconstruire et construire la suite », explique Léo Vuitton. En 2025, pour sa première année senior, il n’a pas fait de bonnes sélections. « On met beaucoup d’énergie et du jour au lendemain, soit on a une saison avec de grosses échéances internationales, soit on n’a plus rien… Quand les résultats tombent, c’est parfois brutal. Il faut réussir à se reconstruire et puis construire la suite. Sortir du « ça passe ou ça casse », ne pas oublier que la progression se fait aussi sur des années. » Elouan Debliquy a éprouvé le choc l’an passé, lors d’un duel fratricide. « J’étais en position d’être sélectionné, et après ma dernière course, j’ai encouragé mon frère, Mewen. Il a gagné, et cela m’a sorti, j’ai fini 4e. J’ai eu l’énorme joie de le voir se qualifier, et en même temps, tu réalises qu’au final ça te sort. C’est le jeu. » Au moins, les deux étaient ensemble en bleu en U23.
Duels fratricides
Ces duels fratricides, le slalom en regorge, depuis les sélections olympiques pour Sydney où Tony Estanguet sort son aîné Patrice. Violent. « La première fois que tu entends cette histoire, ça fait mal », résume Mathéo Sénéchault, qui « dans les années à venir, aura à affronter (son frère) Yohann, 24 ans. » Doriane Delassus a, elle, « sorti » sa sœur Marjorie l’an dernier, « sans traces de jalousie ni d’amertume. Il n’y a rien de mauvais dans notre concurrence. On espère passer toutes les deux. Si l’une ne passe pas, elle se réjouira pour l’autre. »
Programme des sélections
Trois courses du vendredi 8 au dimanche 10 mai. En canoë (C1) garçons, Nicolas Gestin, champion, est sûr de sa sélection. Parmi les candidats : Mewen Debliquy et Yohann Sénéchault, qualifiés en 2025, Elouan Debliquy, Titouan Estanguet… Chez les filles : Doriane et Marjorie Delassus, Angèle Hug, Lucie Prioux, Zoé Laurent, Nina Pesce Roue se disputent trois places. En kayak (K1), Titouan Castryck, champion du monde, vice-champion olympique est qualifié d’office. Les Palois Anatole Delassus et Benjamin Renia, Mathieu Biazizzo, Marti Cornu, Léo Vuitton sont en lice. Et chez les filles, notamment : Camille Prigent, Emma Vuitton, Eva Pietracha, les sœurs Delassus… En kayak cross, après les sélections à Pau sont retenus : Marjorie Delassus (Pau), et Joris Hello (Orthez) ont rejoint Angèle Hug, Camille Prigent. En attente : Benjamin Renia (Pau).



