Il y a des signes qui ne trompent pas. Le titre d'homme du match accordé à Pacho lors de la demi-finale retour de la Ligue des champions entre le Bayern et le PSG (1-1) témoigne autant de la qualité de la muraille équatorienne, dont on ne dira jamais assez de bien, que de la teneur de la copie rendue par les Parisiens à l'Allianz Arena. À mille lieues de ses standards esthétiques habituels, et trois fois plus loin encore du match aller présenté comme la quintessence du football, Paris a ajouté une nouvelle corde à son arc, et pas n'importe laquelle. Peut-être la plus terrifiante : le savoir-jouer moche pour survivre.
Avec l'impression d'un amour prononcé pour la castagne chez certains Parisiens, comme Pacho, donc, mais aussi Marquinhos, qui n'en tenait plus debout dans les arrêts de jeu, Matvey Safonov, abonné aux sorties téméraires, ou encore João Neves et Khvicha Kvaratskhelia. « C'est important de souligner que l'on a montré ces trois dernières années que l'on peut jouer n'importe quel match, soulignait Luis Enrique après la qualification. Ce que l'on a vu pendant tout le match est très important pour nous. »
Un PSG évolutif jusque dans ses intentions de jeu
À première vue, il paraît hypocrite de glorifier la prestation besogneuse du PSG après avoir ri du pragmatisme exagéré d'Arsenal et de l'Atlético de Madrid, les autres protagonistes des demi-finales. Mais ce qui relève de l'identité propre à ces deux équipes n'est qu'un masque parmi tant d'autres dans la collection du champion d'Europe, là est toute la différence. Le Paris de Luis Enrique est une équipe évolutive, en perpétuel mouvement, où chaque joueur dépasse ses fonctions, compense le mouvement de l'autre, et où un style de jeu peut également en remplacer un autre à l'envie quand le scénario le demande.
Le match de Munich n'est à ce titre pas une trahison de la philosophie de jeu parisienne, elle en est la conséquence. « On ne change pas nos principes, insistait ainsi Désiré Doué au micro de Canal+. Le coach nous demande de presser, d'attaquer et de défendre, il faut courir les uns pour les autres, c'est comme ça qu'on va chercher les trophées, pas en étant individualistes. »
Une résilience collective inédite
La rencontre de mercredi soir exigeait effectivement un engagement collectif total et absolu dans l'exercice défensif. Des qualités de résilience déjà entrevues lors des deux derniers passages à Anfield, mais qui se résumaient généralement à des séquences plus ou moins longues avant un retour à la domination parisienne. À Munich, le PSG a franchi un cap en refusant le jeu ou a minima en laissant le ballon à son adversaire, dès lors qu'il s'était relevé du KO subi dès la deuxième minute de jeu par l'inénarrable Ousmane Dembélé, et ce, jusqu'au but tardif d'Harry Kane.
Les chiffres du match témoignent des souffrances parisiennes dans des proportions inédites. Seulement 38 % de possession, 308 passes tentées et seulement 74 % réussies. Pour n'importe quel entraîneur espagnol, il s'agirait d'un blasphème. Pour Enrique, c'est une aubaine.
« C'est une équipe fiable, qui peut lutter tout le temps. S'il faut être en bloc bas, on peut le faire. Ce n'est pas ce que l'on aime, mais s'il faut faire ça, on le fait. Ça montre notre capacité à relever le défi. On aime jouer un bon football, mais on aime aussi gagner le combat. » « L'investissement de l'équipe était très fort, applaudissait quant à lui Pacho au micro de Canal+. Je crois que ce qui nous caractérise c'est notre mentalité de défendre en groupe, en équipe, les attaquants nous aident à défendre et nous on les aide à attaquer, c'est ce qui fait la différence avec les autres équipes. »
Une finale sous le signe du pragmatisme ?
En finale de Ligue des champions le 30 mai prochain, le PSG aura à qui parler en matière de bétonnage. Rien ne dit que le champion sortant emploiera la même stratégie contre Arsenal à Budapest, mais Mikel Arteta devra forcément prendre en compte un scénario où les Parisiens adopteront eux aussi un jeu pragmatique pour ramener la coupe à la maison. Il ne manquait plus que ça. Déjà que Paris était imprévisible, si en plus ils se mettent à jouer prudemment pour gagner… C'est quoi la prochaine étape ? Être invincibles sur coups de pied arrêtés ? Impossible. Quoi que, avec Luis Enrique, on ne sait jamais.



