Allumer le feu. À peine sorti d'une demi-finale aller mémorable au Parc des Princes, le Bayern Munich convoquait l'embrasement de l'Allianz Arena pour se donner la force de renverser la double confrontation, huit jours plus tard à Munich. « Je pense qu'il y a quelque chose de spécial qui peut toujours se passer chez nous, à la maison, à domicile, à l'Allianz Arena », assénait Vincent Kompany devant les journalistes. « Il va y avoir 75 000 personnes. Ça va être une ambiance de feu, un bruit, une masse. »
Souffler sur les braises
À l'avant-veille du match, le PDG du club bavarois Jan-Christian Dreesen en remettait une couche sur le site officiel du Bayern. « Rien que de repenser au tifo contre le Real Madrid, j'en ai encore des frissons. Vincent a tout à fait raison. On a besoin de toutes les voix mercredi. On a besoin de 100 % de ''Mia san Mia'', de la solidarité totale de la famille du Bayern et d'un maximum de supporters en rouge. […] L'Allianz Arena est un stade difficile à déstabiliser, et c'est exactement ce que Paris doit ressentir dès le coup d'envoi. Ce n'est que la mi-temps. Maintenant, il faut créer ensemble une grande soirée européenne à Munich. »
Étrange situation, ceci dit, où la structure bavaroise ressent le besoin de rappeler à ses supporters la mission acoustique qui leur incombe. À croire que celle-ci ne serait pas toujours accomplie dans les règles de l'art. C'est peu ou prou ce que laisse entendre à 20 Minutes l'ancienne terreur des surfaces allemandes, Anthony Modeste. « C'est un beau stade, par expérience, mais ce n'est pas la plus grosse ambiance d'Allemagne, surtout pour moi qui ai connu un club comme Cologne, où l'on peut voir des grosses ambiances et des affluences de 50 000 spectateurs pour un match de Youth League. Mais c'est une demi-finale de Ligue des champions, il y aura forcément un effet demie de LDC à l'Allianz Arena. Ça serait triste qu'il n'y en ait pas. »
Un bijou acoustique
Contrairement à ses prédécesseurs Uli Hoeness - hostile aux ultras - et Oliver Kahn - du genre indifférent - Dreesen est un relais de confiance entre l'administration Bayern et les groupes de supporters, et il est suffisamment prompt à donner toute latitude à la Südkurve pour embraser l'atmosphère du bijou acoustique qu'est l'Allianz Arena. C'est un fait, cet outil a été conçu pour foutre le zbeul, études à l'appui. « En sous-face de la toiture, on peut observer des panneaux réflecteurs de son, résume une description des lieux de Maxence Henry et relayée par l'acousticien Frédéric Fradet. Cela permet au son produit par les supporters d'être réverbéré de façon contrôlée et crée une sorte d'immense caisse de résonance à travers le stade. »
« Les supporters sont très près du terrain comme en Angleterre, donc forcément, tu entends tout, tu ressens les émotions, les cris, la pression et notamment sur les corners, abonde Valérien Ismaël, qui a connu les premières heures de l'Arena en 2005 avec le Bayern Munich. Avec les joueurs qui vont essayer de dynamiser le public dès le début du match, ça peut devenir chaud. » À moins que Manuel Neuer ne se montre aussi généreux avec Ousmane Dembélé qu'il ne l'a été avec Arda Güler, ce qui, soyons réalistes, a très peu de chances d'arriver.
Souffrir comme à Anfield
Le PSG doit donc se résoudre à vivre l'enfer, tout comme le Bayern doit se faire à l'idée que cela puisse ne pas suffire à couler le champion d'Europe en titre. Si l'Allianz Arena est une broyeuse à petites et moyennes équipes depuis 21 ans, elle a moins d'effet sur les grandes équipes rompues aux ambiances étouffantes. Le Real Madrid, par exemple, vient d'enregistrer sa première défaite à Munich en dix ans, et encore, elle le doit au débranchement de cerveau d'Eduardo Camavinga. Le PSG, lui, a acquis la certitude d'un « savoir souffrir » revendiqué par Luis Enrique et Ousmane Dembélé après avoir ramené un 2-0 sous la pluie battante d'Anfield.
« La pression du stade est étouffante à Munich, elle est imposante, mais quand tu es un joueur d'envergure, tu as déjà joué dans un grand stade rempli, il y a une certaine normalité à jouer ce genre de match, confirme Valérien Ismaël. C'était le cas pour les joueurs du Real Madrid à l'époque, et Paris a réussi, en gagnant la LDC, à acquérir ce statut également. » « C'est peut-être aussi ce qui m'aidait, théorise Anthony Modeste, qui a climatisé le Bayern avec le maillot de Cologne en 2016. J'ai joué à Cologne, Stuttgart, Gladbach, donc forcément ça me permettait de relativiser sur l'Allianz Arena. Finalement, c'est un stade qui me réussissait bien. »
« Nous aussi on va jouer à la maison »
Au-delà de son expérience, le PSG peut compter sur les talents de dédramatisation de Luis Enrique. Dans le sillage des déclarations de Kompany après le match aller, l'Espagnol s'était montré habile pour balayer les injonctions à la panique devant l'enfer déjà promis par les Bavarois, en leur rappelant que leur stade était celui de leur premier succès européen. « Munich est un stade qui nous apporte de beaux souvenirs, nous aussi, on va jouer à la maison. » « Mia san mia » vs « Tu casa es mi casa », que le meilleur gagne.



